Par Prosper Buhuru
Dans une tribune publiée, le 21 décembre 2025, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, propose une lecture didactique et critique de l’histoire politique de la République démocratique du Congo, qu’il présente comme un laboratoire permanent des tensions entre souveraineté, gestion des ressources naturelles et construction de l’État.
Pour l’ancien Gouverneur de la province du Nord-Kivu, la trajectoire politique congolaise, depuis l’époque de Léopold II jusqu’au Président Félix-Antoine Tshisekedi, est profondément marquée par "une déshumanisation du politique au profit de l’économique". Le fait que le Congo ait été, à ses origines, la propriété personnelle d’un souverain étranger a, selon lui, laissé une empreinte durable sur la structuration des institutions, favorisant la personnalisation du pouvoir au détriment de leur solidité.
Julien Paluku Kahongya revient aussi sur le paradoxe du "scandale géologique", estimant que l’abondance des ressources naturelles a davantage nourri la convoitise et l’instabilité que le renforcement de l’État. Cette richesse du sous-sol, souligne-t-il, a trop souvent profité aux individus plutôt qu’aux institutions, transformant des crises internes en enjeux géopolitiques mondiaux.
Dans son analyse comparative des régimes récents, l’auteur met en contraste les styles de leadership de Joseph Kabila et de Félix Tshisekedi. Il décrit le premier comme un pouvoir marqué par le silence et un certain isolement diplomatique, et le second comme un leadership plus ouvert, volontariste et actif sur la scène internationale, ayant permis le retour de la RDC dans le concert des nations. Sur le plan socio-économique, il reconnaît aux deux régimes des choix distincts, soulignant les projets d’infrastructures sous Joseph Kabila et la priorité donnée au social et à l’éducation sous Félix Tshisekedi, notamment à travers la gratuité de l’enseignement primaire et le Programme de Développement Local des 145 territoires.
La question sécuritaire occupe cependant une place centrale dans la réflexion de Julien Paluku Kahongya. Il estime que les conflits armés successifs ont fragilisé l’Armée congolaise, favorisé les infiltrations et installé une gestion du commandement influencée par des logiques communautaires. Selon lui, si ces faiblesses se sont enracinées sous les régimes précédents, elles atteignent aujourd’hui un niveau critique, marqué par des actes de trahison, un déficit d’identification des troupes et l’immixtion de civils dans la conduite des opérations militaires.
En perspective de 2026 et au-delà, Julien Paluku Kahongya appelle à une refondation de la gouvernance nationale en plaçant la sécurité au cœur des priorités de l’État. Pour lui, aucun programme de développement ne peut produire des résultats durables sans un socle sécuritaire solide. Il insiste enfin sur la nécessité d’une citoyenneté active, fondée sur l’éducation politique, la conscience civique, le renforcement des institutions, la modernisation de l’Armée et des services de sécurité, une justice équitable et une lutte effective contre la corruption.
À travers cette tribune, l’ancien gouverneur invite les Congolais à tirer les leçons de leur histoire pour construire un État fondé non sur la seule richesse naturelle, mais sur des institutions fortes et responsables.