Par Serge Mavungu
À la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a consacré une importante partie de son intervention à la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Représentant le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la cheffe du gouvernement a dénoncé une situation qui, selon elle, illustre l’écart entre les engagements internationaux et la réalité vécue par les populations congolaises. Elle a évoqué plus de trois décennies d’attaques, de déplacements forcés et de deuil, ainsi que l’occupation de territoires, les violences sexuelles et le recrutement d’enfants.
Judith Suminwa a directement mis en cause le Rwanda, accusé par Kinshasa de mener une « guerre d’agression » sous couvert de l’AFC/M23. Elle a également cité les ADF et la CODECO parmi les groupes armés qui aggravent la crise humanitaire dans l’Est du pays.
Face à cette situation, la République démocratique du Congo dit avoir choisi la voie diplomatique. La Première ministre a notamment cité l’Accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025, les engagements pris dans le cadre du processus de Doha ainsi que la feuille de route harmonisée de l’Union africaine.
Pour Kinshasa, l’enjeu se situe désormais dans l’application des engagements déjà pris. Judith Suminwa a rappelé les principales exigences contenues dans la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies : cessation effective des hostilités, retrait des forces rwandaises du territoire congolais, fin du soutien aux groupes armés, désengagement de l’AFC/M23, démantèlement des administrations parallèles, rétablissement de l’autorité de l’État et accès humanitaire sans entrave.
« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a déclaré la Première ministre.
Elle a également évoqué la question des FDLR, en rappelant le protocole signé le 30 mai 2026 par leur direction politique et militaire, qui prévoit leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation. Le rapatriement, le 8 septembre, de 120 personnes associées aux FDLR avec l’appui de la MONUSCO constitue, selon elle, une première traduction concrète de ces engagements.
Judith Suminwa a par ailleurs plaidé pour une mise en œuvre coordonnée des mécanismes de Washington, de Doha et de l’Union africaine, avec un calendrier précis, une vérification indépendante, un partage régulier de l’information et des conséquences en cas de violation.
Concernant la MONUSCO, Kinshasa estime que la mission onusienne conserve un rôle dans la protection des civils, le suivi du cessez-le-feu et l’appui aux mécanismes convenus. Toute évolution de sa présence devra, selon la Première ministre, tenir compte des conditions de sécurité sur le terrain et du renforcement des capacités nationales.
Sur le plan intérieur, Judith Suminwa a rappelé le lancement, le 28 août, d’un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Elle a précisé que ce dialogue est ouvert aux forces politiques et sociales attachées à la République, à la Constitution, à l’intégrité du territoire et au rejet de la violence.
La cheffe du gouvernement a toutefois établi une distinction entre la crise interne et la situation sécuritaire dans l’Est.
« Aucun dialogue intérieur ne saurait transformer une agression extérieure en simple différend domestique », a-t-elle affirmé.
Pour Kinshasa, la recherche de la paix doit ainsi aller de pair avec la cohésion nationale, la défense de l’intégrité territoriale, la réforme des institutions de défense et de sécurité et la reconstruction des territoires affectés par les conflits.