Par Patrick Kitoko
La Banque centrale du Congo ouvre, ce mercredi 30 septembre 2026 à Kolwezi, une nouvelle séance de réflexion sur l'évolution du système monétaire et financier congolais. Arrivé la veille dans le Lualaba, le gouverneur André Wameso a lancé la Conférence des Entités Provinciales de la Banque Centrale du Congo (CONFEP 2026), placée au cœur de la mise en œuvre du Plan stratégique 2026-2030 de l'Institut d'émission.
Pendant plusieurs jours, les participants vont se pencher sur des enjeux qui dépassent la seule gestion monétaire à Kinshasa : proximité provinciale, souveraineté monétaire, stabilité financière, inclusion financière, digitalisation et gestion des risques.
Au-delà d'une conférence institutionnelle, la CONFEP apparaît comme un cadre destiné à rapprocher davantage la Banque centrale des réalités économiques des différentes provinces. Cette orientation répond notamment à un constat : l'économie congolaise ne présente pas les mêmes caractéristiques selon les territoires. Les besoins d'une province minière comme le Lualaba ne sont pas nécessairement ceux d'une province agricole ou d'une région où l'accès aux services bancaires demeure limité.
La question de la proximité provinciale vise ainsi à mieux faire remonter les réalités locales dans l'action de la BCC, notamment en matière de circulation monétaire, d'accès aux services financiers, de financement de l'économie et de surveillance des risques.
Cette démarche s'inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l'Institut d'émission. En avril 2026, la BCC avait officiellement lancé la mise en œuvre de son Plan stratégique 2026-2030, présenté comme une feuille de route destinée notamment à consolider la souveraineté monétaire et à renforcer l'impact de l'institution sur l'économie nationale.
L'un des dossiers majeurs de la CONFEP concerne l'inclusion financière. L'objectif est de favoriser l'accès d'un plus grand nombre de Congolais aux services financiers, particulièrement dans les zones rurales et insuffisamment desservies.
La BCC identifie elle-même la concentration géographique des institutions financières, l'accès limité aux services dans certaines zones, la protection de la clientèle et la solidité financière des acteurs comme des défis persistants.
La digitalisation constitue, dans ce contexte, un autre levier important. Paiements numériques, modernisation des services financiers et amélioration de l'accès à l'information doivent permettre de réduire certaines barrières géographiques et de rapprocher les services financiers des populations. La Banque centrale a d'ailleurs fait de l'inclusion financière et de la digitalisation deux axes de son Plan stratégique 2026-2030, avec l'ambition de moderniser le système financier et de le rendre davantage accessible.
La CONFEP intervient également dans un contexte où la BCC entend renforcer son rôle dans la préservation de la stabilité monétaire et financière.
La Constitution confie à la Banque centrale la mission de sauvegarder la stabilité monétaire, de définir et mettre en œuvre la politique monétaire, de contrôler l'activité bancaire et de conseiller le gouvernement en matière économique et financière.
À travers les discussions annoncées à Kolwezi, l'enjeu consiste donc aussi à mieux articuler ces responsabilités nationales avec les réalités des économies provinciales.
La gestion des risques devrait, à ce titre, occuper une place importante dans les échanges. Il s'agit notamment de renforcer la capacité du système financier à absorber les chocs, à identifier les vulnérabilités et à préserver la confiance dans les institutions financières.
Une séquence qui se poursuivra jusqu'au 9 octobre
La CONFEP 2026 ne constitue que la première étape d'un calendrier de travail particulièrement chargé pour la BCC. Les travaux se poursuivront jusqu'au 9 octobre, avec notamment la retraite stratégique du Conseil de la BCC, la session paritaire, la réunion ordinaire du Comité de politique monétaire, ainsi qu'une conférence réunissant la Fédération des entreprises du Congo (FEC), la Chambre des Mines et l'Association congolaise des banques (ACB).
Cette dernière rencontre doit être consacrée à la stabilité du cadre macroéconomique en RDC, en associant l'autorité monétaire aux principaux représentants du secteur productif et financier. L'enjeu est donc de créer un espace de dialogue entre la Banque centrale, les acteurs économiques et les différentes composantes du système financier afin d'identifier les contraintes qui affectent l'activité et d'examiner les réponses susceptibles de renforcer la stabilité macroéconomique.
Avec la CONFEP, la BCC cherche ainsi à passer d'une logique de stratégie institutionnelle à une logique de déploiement sur le terrain. Son Plan stratégique 2026-2030 vise notamment à renforcer la proximité, la modernisation du système financier, l'inclusion et la transformation numérique. La Banque centrale a déjà traduit certains de ces axes dans des initiatives concrètes, notamment avec la modernisation de son portail numérique destiné à faciliter l'accès aux données économiques, financières et monétaires.
À Kolwezi, l'enjeu sera donc de déterminer comment ces orientations peuvent se traduire dans les provinces, au plus près des entreprises, des banques, des institutions financières et des populations.
La CONFEP 2026 apparaît ainsi comme un laboratoire de la nouvelle ambition affichée par la BCC : faire de la proximité territoriale, de la stabilité financière et de l'innovation des instruments au service d'un système monétaire plus intégré à l'économie réelle congolaise.