Par Patrick Kitoko
Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies tient ce mardi des consultations à huis clos consacrées à la situation sécuritaire en République Démocratique du Congo. À l’initiative de la France, cette réunion intervient dans un contexte de tensions persistantes et d’escalade des violences dans l’Est du pays.
Au cœur des discussions figure l'attaque de drone survenue le 11 mars à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu. La frappe a entraîné la mort d’une employée de l'UNICEF - Fonds des Nations unies pour l’enfance -, un événement qui a suscité de nombreuses réactions à l’échelle internationale. Plusieurs membres du Conseil devraient dénoncer cet incident et rappeler l’importance de garantir la protection des civils et du personnel humanitaire dans les zones affectées par les conflits.
Dans une déclaration rendue publique le jour même de l’attaque, la MONUSCO - Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo - a indiqué que des attaques visant les agents des Nations unies pourraient être assimilées à des crimes de guerre selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. La frappe a également été condamnée par le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, qui a appelé à la mise en place d’une enquête indépendante afin d’établir les responsabilités. L’Union européenne a exprimé une position similaire, tandis que les autorités congolaises ont annoncé l’ouverture d’une enquête nationale.
Selon une note interne du secrétariat de l’ONU diffusée le 12 mars, une première analyse de l’incident a été menée par la MONUSCO. À ce stade, aucune responsabilité n’a toutefois été officiellement attribuée.
Cette attaque intervient alors que l’usage de drones armés se développe dans les opérations militaires menées dans l’est de la RDC. Les FARDC - Forces armées de la République Démocratique du Congo - poursuivent notamment leurs opérations contre les combattants du M23 - Mouvement du 23 mars -, un groupe rebelle actif dans la région depuis plusieurs années.
Au-delà de cet incident, les membres du Conseil de sécurité devraient également examiner les initiatives diplomatiques visant à instaurer un cessez-le-feu durable. La Résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en décembre 2025, a renouvelé le mandat de la MONUSCO pour une année supplémentaire et appelle les parties concernées à mettre en œuvre un cessez-le-feu effectif et vérifiable.
Dans une correspondance adressée au Conseil le 27 février, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a évoqué les progrès réalisés dans la mise en place d’un mécanisme de contrôle et de vérification du cessez-le-feu. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre du Processus de Doha sur la crise dans la partie orientale de la RDC, une médiation menée par le Qatar entre le Gouvernement congolais et le M23. Le chef de l’ONU recommande une stratégie graduelle et adaptable pour soutenir ce processus. Celle-ci pourrait inclure le déploiement de plusieurs unités supplémentaires, dont des bataillons d’infanterie légère et un bataillon d’intervention rapide, ainsi qu’une équipe spécialisée dans l’évacuation médicale. Selon les estimations, entre 1 500 et 2 500 soldats pourraient être nécessaires pour appuyer ces mesures dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans le même contexte régional, les États-Unis ont annoncé le 2 mars des sanctions visant quatre responsables militaires rwandais ainsi que les Forces de défense rwandaises. Cette décision a été saluée par Kinshasa, tandis que le Rwanda l’a dénoncée, estimant qu’il s’agissait d’une mesure unilatérale.