Tshisekedi bat sa coulpe : “le Président trompe beaucoup” ou se trompe ?

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Le chef de l'État Congolais, Félix-Antoine Tshisekedi
Le chef de l'État Congolais, Félix-Antoine Tshisekedi

Par JC Luntadila

Le Président de la République cherche à s'amender ou s'agit-il simplement d'un aveu d'échec ou d'impuissance. Deux ans et demie après sa prise de pouvoir, Félix Tshisekedi tente de manifester de la sympathie pour les populations du Nord-Kivu et de l'Ituri. En fin politique, le Chef de l'Etat transforme ses incapacités à des demandes de pardons et à des aveux publics sur des erreurs commises. Le palais serait-il devenu la cour du Roi Pétaud ? L'expression, qui est tirée du Tartuffe de l'auteur français Molière, Jean-Baptiste Poquelin de son vrai nom, (acte 1, scène 1), sert à qualifier une anarchie où tous gouvernent sauf celui qui le devrait: le roi. L'intrigue est que Tartufe est un personnage qui ment, qui est hypocrite : il dit posséder une qualité qu'il n'a pas en réalité.  

«Je ne savais pas...», «Je n'étais pas au courant...», «Je n'étais pas informé...». Des propos scandaleux qui ne pouvaient sortir de la bouche d'un Chef d'État sensé avoir toute la situation sous son contrôle. Politiquement, le Président Tshisekedi perd, mais stratégiquement, il a engrangé des dividendes dans la mesure où les peuples aiment des chefs humbles. Toutefois, ces aveux vus de l'humoriste anglaise sont en fait “Trop beau pour être vrai”.

En RDC, le Président de la République est considéré comme un homme à promesses non tenues. Durant son séjour dans la partie Est du pays où il a placé son QG, le Président de la République est allé palper du doigt les multiples souffrances de la population liées à l'insécurité. Un peu comme à l'époque du Maréchal Mobutu qui se décida d'assiéger la Kamanyola, un des territoires de la province du Sud-kivu -situé entre Walungu et Uvira sur la pleine de Ruzizi-, malgré les tirs des mitrailleuses des rebelles Mulele. Toute la ville de Bukavu était bel et bien informée que le “Commandant suprême” Mobutu avait quitté le lieu sans dire au-revoir à ses troupes. 

Le Chef de l'État maîtrise bien le coin parce que c'est par là qu'il a engagé sa campagne pour la présidentielle du 30 décembre 2018.

C'est dans l'Est que le candidat numéro 20 à la présidentielle y a réservé plus de la moitié de ses jours de campagne électorale. C'est dans cette contrée que le Président nouvellement élu vient faire des promesses “tapageuses” après son sacre à la tête du pays. 

«Je suis prêts à mourir pour la paix dans l'Est du pays», largue Félix Tshisekedi devant sa population venue suivre son meeting à la place de l'indépendance à Bukavu dans la province du Sud-Kivu. 

Il a fallu deux ans pour afin placer les mots dans le vrai contexte “politique”. En d'autres termes le Président de la République voudrait dire “sans la paix je n'aurais pas droit à un deuxième mandat”, a rectifié Félix Tshisekedi lors de son interview parue dans le tout dernier numéro du magazine Jeune Afrique. 

Du coup, l'on comprend très vite le souci du Président Fatshi. C'est le deuxième mandat ou rien, la mort peut-être. Cette compassion envers la population de l'Est a un but politique légitime. Rien n'est fait au hasard. 

Le Président de la République se victimise où il se trompe...

Le périple du Président est marqué aussi par ces nombreux "méa culpa". La tournée dans l'Est a révélé les failles des paroles sacrées d'un Chef de l'État, Commandant suprême des forces armées. Il a fallu un peu de la manière pour habiller ses faiblesses.

Alors qu'ils réclamaient l'application de la promesse salvatrice de leur Président de venir vivre à Beni (territoire du Nord-Kivu en proie à l'insécurité), les écoliers ont été brutalement dispersés à coup de gaz lacrymogène devant la mairie. Après cinq à huit jours de nuit livrés à des intempéries, Félix Tshisekedi ordonne : «Veuillez regagner vos foyers et ne vous laissez surtout pas manipuler par des adultes qui, eux, ont un but qu’ils recherchent, un but politique en tout cela». 

Deux mois ont suffit pour que le Chef de l'État se rebiffe : «Je vais vraiment vous demander pardon, au nom de ceux qui vous ont fait autant de mal. Vraiment pardon du fond du cœur. Je n’étais même pas au courant de toute cette violence exercée sur des enfants». 

Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo pointe la magouille dans l'armée pour expliquer l'insécurité. En plein état de siège Félix Tshisekedi se rend compte que les effectifs “fictifs” n'étaient pas de 21.000 hommes comme l'avait annoncé son gouvernement en octobre 2019. Un autre bouc émissaire bien trouvé. Parce qu'en réalité la magouille dans l'armée ne date pas de la période de Tshisekedi au pouvoir. Le Président de la République préfère dénoncer, comme la société civile en lieu et place de monter les mécanismes pour y mettre fin. Le mouvement citoyen la Lucha (la Lutte pour le Changement) dit de ne plus reconnaître la vraie face de Félix Tshisekedi, opposant à l'époque.  

«Le Président trompe beaucoup !»

Agacé par l'insécurité grandissante dans son coin d'une part, et d'autre part par les promesses de mettre fin à ce fléau, un député provincial de l'Ituri manifesté son ras-le-bol. Jean-Bosco Assamba Angaika, au cœur d'une vidéo devenue virale dans la toile, a été arrêté samedi 26 juin dans l’après-midi par la justice militaire. Cet élu de la ville de Bunia était poursuivi par la justice et les services après avoir déclaré, il y a peu, « le Chef de l’Etat trompe beaucoup » sur la situation sécuritaire qui prévaut en Ituri. D'après plusieurs sources judiciaires, sa libération est intervenue lundi, deux jours après, sur instruction de la haute hiérarchie. 

Pourquoi l'Est ? 

Cette partie du pays qui donne l'impression d'être détachée de Kinshasa, est un véritable réservoir inestimable des électeurs. Joseph Kabila l'a expérimenté en 2006 et en 2011. À l'approche de 2023, année électorale, il est légitime pour tout acteur de la scène politique de se chercher des faveurs de cet électorat. N'ayant pas concrétiser toutes ses promesses envers ces populations, le Président de la République veut s'éterniser afin de se convaincre par lui-même que son pardon a été accepté.