Accord de Nairobi trois ans après: Tshisekedi président, Kamerhe prisonnier !

Catégorie
Image
Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, main dans la main [Photo marquant la signature de l'accord de Nairobi, 23 novembre 2018]
Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, main dans la main [Photo marquant la signature de l'accord de Nairobi, 23 novembre 2018]

Par Jean-Chrysostome Luntadila

Au petit jardin de l'hôtel Serena de Nairobi, Kenya, deux roll-up affichent les silhouettes de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. Ce fut la journée du 23 novembre 2018. Ces deux opposants venaient fraîchement, sans froid aux yeux, renier leurs signatures apposées dans l'accord de Genève. Cette journée a été précédée par les manifestations de l'UNC et l'UDPS, deux principaux partis de l'opposition -de l'époque- à Kinshasa obligeant leurs leaders de ne pas cautionner Martin Fayulu comme candidat commun de l'opposition.

A travers cette alliance, les deux partis politiques qui se détestent depuis leurs créations, doivent dorénavant  consolider les liens et très vite unir leurs efforts pour gagner la bataille Électorale. Le ticket “gagnant” trouvé, Félix Tshisekedi s'accompagne indubitablement avec un directeur de campagne, Vital Kamerhe.

 

Ce jour-là... 

A l’hôtel Serena de Nairobi (au Kenya), l'UNC de Vital Kamerhe et l’UDPS de Felix Tshisekedi scellent une alliance pour la présidentielle de décembre 2018. Principal point de l'Accord : Vital Kamerhe se désiste au profit de Félix Tshisekedi qui, en cas de victoire, lui garantit le poste de Premier ministre. Les deux hommes s'engageaient ainsi à marcher désormais main dans la main et pour une période éventuellement de 10 ans.

Lors de la signature de cet accord, les deux hommes parlent d’un "ticket gagnant", et forment une plateforme électorale qu'ils appelleront "Cap pour le Changement" (CACH), présidée par Félix Tshisekedi qui devient candidat unique. Il était prévu, en outre, qu'en cas de victoire, Félix Tshisekedi choisirait Vital Kamerhe comme chef du gouvernement. Puis au bout de cinq ans, ils inverseraient les rôles. Donc l’accord couvrait une décennie, avec un mandat présidentiel chacun et une primature chacun.

Enfin, "l'Accord de Nairobi" prévoyait également le partage des postes. L'UDPS de Félix Tshisekedi contrôlerait les Affaires étrangères, l'Intérieur, la Sécurité et l'Assemblée. En plus de la primature, l’UNC de Vital Kamerhe obtiendrait la présidence du Sénat, la gouvernance de la Banque centrale, les ministères des Finances, des Infrastructures de la Défense et de la Justice.

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ne sont en principe que des dissidents de l'accord de Genève du 11 novembre 2018 faisant de Martin Fayulu le candidat commun de l'Opposition. Selon eux, ils avaient été victimes d'un complot, indexant Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, écartés de la course à la magistrature suprême par la Cour constitutionnelle.

La prison préfabriquée ! 

Après avoir mouillé le maillot comme directeur de campagne de Félix Tshisekedi, la durée du pouvoir de Kamerhe à la présidence de la République sera d'une seule année. C'est là-bas qu'il devait se contenter de  gérer le cabinet de son allié à la magistrature suprême, à défaut de bénéficier d'un poste du Premier ministre. Le calice a été soulevé pour être bu jusqu'à la lie, après une victoire incontestée par une majorité des électeurs qui assistent impuissant à une fête dite de l'alternance couplée d'une passation symbolique, civilisée et démocratique du pouvoir à la tête du pays.

Quelque temps plus tard, le tout puissant Directeur de cabinet devient encombrant. Soucieux de récolter les fruits de 36 ans de l'opposition en une seule année, le fils du sphinx de Limete commence à nourrir profondément de doutes sur l'un de ses personnes vitales, Kamerhe. La critique augmente, les travaux de 100 jours, un programme d'urgence qu'il a lui-même initié, qui était sous la supervision de son Dircab bat de l'aile. Félix a un autre regard qui se rapproche de la clameur créée par les avis teintés de la politique, des personnes non expertes en matière des grands travaux. 

 

Début des ennuis contre Kamerhe : le gouvernement Ilunga Ilunkamba donnera un coup de massue aux travaux du programme d'urgence de 100 jours. 

Six mois après la supervision des travaux 100 jours dans un climat politique rendu délétère, à cause notamment des frustrations, Kamerhe cède au nouveau Premier ministre tous les chantiers après un état des lieux. Les travaux lancés depuis mars 2019 souffraient des violations de textes légaux, le programme d'urgence n'était en réalité qu'un projet anti constitutionnel. Parce que la Loi fondamentale oblige à un gouvernement responsable de présenter un programme, et non au Président de la République de s'en charger. Une sorte du gouvernement parallèle. Le FCC a considéré ces six mois des travaux comme un temps qui a servi à Félix Tshisekedi et sa bande de se servir du trésor public seuls sans tenir compte de la coalition FCC-CACH. 

Début septembre 2019 après investiture, le gouvernement prend le contrôle du programme de 100 jours. L'appréciation de ce programme partira  des points négatifs pour mettre sur la place publique les linges sales qu'auraient favorisée Félix Tshisekedi à travers son programme. Associés à la colère de la population, sans qu'ils ne soient terminés, ces travaux seront jugés d'un échec sans précédent appelant ainsi des procès télévisés. La traçabilité n’a pas été respectée, non-respect de procédure en matière de passation des marchés.

Le temps, meilleur allié de la vérité

Plus d'une année après le procès de Vital Kamerhe, la dose sentimentale économisée pour ce procès, est totalement vidée. Les scientifiques, les hommes de droit, les citoyens lambda qui ont accordé leur temps à suivre cette affaire de bout à bout n'y accordent plus de l'intérêt.

Ils sont restés dans leur soif. Beaucoup, poussés par leur for intérieur, ont fini par cracher à haute voix : Que fait Kamerhe en prison ? 

Félix Tshisekedi a évoqué le cas Vital Kamerhe au cours d’une interview à Goma, en juillet dernier. 

« Vital Kamerhe est quelqu'un de sérieux et de correct (...), Je suis convaincu qu'il jouera de nouveau un rôle dans ce pays », a dit Félix Tshisekedi.

« Kamerhe, c'est mon frère. Je suis totalement désolé de ce qui lui arrive. Je ne l'ai pas voulu contrairement à certains dires mal intentionnés. Dès le départ de cette faire, je vous rappelle d'ailleurs que c'était au sein d'un conseil des ministres à l'époque du premier ministre Ilunga Ilunkamba, c'est lui d'ailleurs qui avait sorti le problème ouvertement pendant la séance puis le ministre de la justice de l'époque a renchéri en disant Monsieur le président ,c'est que vient de dire Monsieur le premier ministre ne vaut même pas une instruction de votre part, dès demain je saisis la justice. Ce jour-là, le conseil n'avait pas été couvert par mon directeur de cabinet habituel Vital Kamerhe mais c'était l'un de ses adjoints après je lui ai posé la question mais Vital on a parlé de fameuses maisons à construire dans ce programme de de 100 jours, est-ce que c'est notre affaire? Il a répondu non ce n'est pas notre affaire, j'ai dit bon ça va que la justice fasse son travail ». 

 

Et d'ajouter : « Et malheureusement on est arrivé là. Ce que je peux accepter qu'on me reproche ce que on me condamne de n'avoir pas donné des injonctions à la justice pour ne pas faire face à son travail et que lui ne se retrouve pas dans cette situation. Alors dans ce cas qu'on me dise qu'est-ce que j'aurai fait de mes principes de laisser la justice libre de faire son travail ». 

 

Pour finir : « C'est qui est arrivé est arrivé, nous le déplorons tous mais je continue à croire que Vital Kamerhe est non seulement quelqu'un de sérieux, de correct et en plus quelqu’un dont la République a besoin grâce à son intelligence, grâce à son expérience et je suis convaincu qu'il jouera à nouveau un rôle dans ce pays». 

La clameur a cédé sa place à l’innocence

À quelques heures du verdict du procès en appel, les langues se délient. C’est en principe ce mardi 15 juin 2021, sauf changement de dernière minute, que les juges vont rendre public leur prononcé.

La clameur publique : Libérez l'Innocent !

Personne ne pouvait s'attendre à voir des groupes d’individus, minuscules soient-ils, soutenir le leader de l’Union pour la Nation Congolaise. Sur les réseaux sociaux, devenus véritables vecteurs de l'opinion publique, mêmes les sondages prouvent l’innocence de Vital Kamerhe. C’est magique cette transformation. La vérité a affranchi les hommes ayant la pierre à la place du cœur. La vérité à pris son temps.  Mais désormais, elle est là.

Aujourd’hui, l’opinion congolaise réclame tous azimuts la libération de vital Kamerhe. La justice n’ayant pas pu apporter les preuves irréfutables de sa culpabilité.