« C’était donc, Sauvons le Rwanda en RDC ? » : l’éditorial de Bienvenu-Marie Bakumanya relance le débat sur le rôle du Rwanda

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Bienvenue-Marie BAKUMANYA, Directeur Général de l'Agence Congolaise de Presse -ACP [Photo d'illustration]
Bienvenue-Marie BAKUMANYA, Directeur Général de l'Agence Congolaise de Presse -ACP [Photo d'illustration]

Par Don Benjamin Makolo

Un éditorial signé Bienvenu-Marie Bakumanya, intitulé « C’était donc “sauvons le Rwanda en RDC !” », suscite de vives réactions dans l’opinion publique congolaise. Le texte, largement relayé sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politico-médiatiques, intervient dans un contexte marqué par de récentes révélations internationales sur l’implication du Rwanda dans le conflit armé à l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans son analyse, l’auteur estime que plusieurs faits récents viennent confirmer des accusations longtemps portées par les autorités congolaises, notamment par le président Félix Tshisekedi, concernant le soutien du Rwanda au mouvement rebelle M23. L’éditorial fait référence aux propos du président rwandais Paul Kagame, qui a évoqué la nécessité de revisiter le traité de Berlin de 1885, une sortie interprétée par certains analystes comme une remise en cause des frontières héritées de la colonisation. Cette position avait été publiquement contredite par le Roi Philippe de Belgique, s’appuyant sur des archives historiques conservées au musée de Tervuren.

Mais c’est surtout l’audition récente de l’ambassadrice du Rwanda à Washington devant la sous-commission des Affaires africaines du Congrès américain qui alimente la controverse. Lors de cette séance, les parlementaires américains ont conclu que le Rwanda violait l’Accord de paix de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous l’égide des États-Unis, et ont évoqué une coordination avérée entre Kigali et le M23. Ces déclarations ont été perçues à Kinshasa comme une reconnaissance officielle du rôle du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est congolais.

Dans son éditorial, Bienvenu-Marie Bakumanya souligne également le silence observé, depuis ces révélations, chez plusieurs acteurs politiques et religieux congolais qui défendaient jusque-là la thèse d’un conflit essentiellement interne à la RDC. Selon lui, cette nouvelle donne rend difficile toute justification d’un dialogue incluant le M23 sans clarification préalable de ses soutiens extérieurs.

L’auteur se montre particulièrement critique à l’égard des démarches entreprises par la coalition CENCO-ECC, estimant qu’elles auraient contribué, volontairement ou non, à minimiser la responsabilité du Rwanda sur la scène internationale. Une lecture que contestent toutefois certains acteurs de la société civile, qui continuent de plaider pour une solution politique inclusive au conflit.

Plusieurs figures publiques ont réagi à cette situation. Le président de l’Association africaine des droits de l’homme (ASADHO), Jean-Claude Katende, a affirmé que « tous ceux qui ont rejoint l’AFC/M23 ont rejoint le Rwanda contre la RDC », mettant en cause l’agenda de certains leaders politico-militaires, dont Corneille Nangaa. De son côté, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a déclaré que « Sauvons le Rwanda en RDC est un mouvement de Congolais qui portent et assument l’agenda du Rwanda », une position qui reflète la ligne officielle de l’exécutif congolais.

L’éditorial de Bienvenu-Marie Bakumanya intervient ainsi comme un catalyseur d’un débat plus large sur la souveraineté de la RDC, le rôle des acteurs étrangers dans le conflit à l’Est et la responsabilité des membres élites nationales. Dans un contexte sécuritaire toujours fragile, ces prises de position ravivent les tensions politiques internes, tout en rappelant l’urgence d’une réponse concertée, tant au niveau national qu’international.

Lundi 26 janvier 2026 - 21:44