RDC : Entre la souveraineté bafouée et la soumission diplomatique (Tribune de Nharly Amisi, PPRD/Europe)

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Nharly Amisi, Coordonnateur du PPRD/Europe
Nharly Amisi, Coordonnateur du PPRD/Europe

L’arrivée en République démocratique du Congo de migrants expulsés des États-Unis n’est pas un simple incident diplomatique. C’est une humiliation d’État. Un signal brutal qui révèle l’effondrement progressif de notre souveraineté et la légèreté avec laquelle le pays est géré au sommet.

Comment expliquer qu’un État aussi vaste, riche et stratégique que la RDC accepte de devenir, dans le silence et l’opacité, une zone de relégation pour des personnes rejetées ailleurs ? Aucun débat parlementaire, aucune consultation du peuple, aucune communication officielle digne d’un État républicain.

Dans cette affaire, les États-Unis agissent comme un éléphant dans un magasin de porcelaine : puissance froide, décision unilatérale, exécution sans égard pour la dignité du partenaire. Mais le scandale majeur reste la réaction congolaise : silence, exécution, puis tentative maladroite de présenter la capitulation comme une coopération.

Nous ne sommes plus dans une relation d’État à État. Nous sommes dans une dynamique où la RDC donne l’image d’un espace administré de l’extérieur. Les décisions majeures semblent prises ailleurs, puis appliquées sur notre territoire sans véritable maîtrise nationale.

Cette situation réveille une mémoire douloureuse : celle de l’État indépendant du Congo, quand notre territoire était traité comme un bien privé, exploité sans le consentement des populations. Voir aujourd’hui des choix stratégiques actés sans transparence ni souveraineté effective donne l’impression d’un retour de cette logique coloniale, sous des formes modernes.

Sous le régime actuel, la dérive s’accentue. Tout paraît externalisé ou fragilisé : une sécurité nationale dépendante de partenaires étrangers, une stabilité politique suspendue aux équilibres extérieurs, une économie adossée en permanence à des financements et à des injonctions venus d’ailleurs. Pendant ce temps, la gouvernance interne se caractérise par l’improvisation, l’opacité et l’absence de vision stratégique.

La responsabilité des gouvernants est directement engagée. Gouverner, ce n’est pas subir les décisions internationales, mais les encadrer, les refuser si nécessaire, et défendre l’intérêt supérieur de la nation. Or, face à cet épisode, l’État congolais renvoie l’image d’un pouvoir en réaction permanente, incapable d’anticiper et encore moins d’affirmer une fermeté diplomatique.

Une nation de plus de 100 millions d’habitants, dotée de ressources colossales et d’un poids géostratégique immense, ne peut fonctionner comme un espace sous tutelle implicite où l’on subit plus que l’on ne décide. Ce n’est pas un partenariat : c’est une dépendance entretenue par une gouvernance sans colonne vertébrale.

La RDC ne peut être administrée dans la réaction permanente, ni perçue comme un terrain d’exécution de politiques décidées ailleurs. Un État qui ne maîtrise pas ses choix stratégiques perd sa crédibilité internationale et le respect de ses propres citoyens.

Les incohérences et les zones d’ombre dans cette affaire, impliquant notamment l’OIM et le gouvernement, renforcent les interrogations sur la clarté, la coordination et la transparence du dispositif en cours.

Il est temps de le dire sans détour : la souveraineté ne se proclame pas, elle se défend. Un pouvoir qui abdique sa responsabilité diplomatique et politique expose tout un peuple à la marginalisation.

Le Congo n’est pas un espace tampon.  

Le Congo n’est pas une solution aux crises étrangères.  

Le Congo n’est pas une administration secondaire.

Tribune de Nharly Amisi KM, Coordonnateur du PPRD/Europe

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Mardi 21 avril 2026 - 09:56