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Huit bateaux de pêche acquis en 2025 et jamais opérationnels : Bokele et Tshimanga à couteaux tirés

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L’un des huit bateaux nommé Étienne Tshisekedi Wa Mulumba sur les eaux flottantes de l’océan Atlantique à Muanda
L’un des huit bateaux nommé Étienne Tshisekedi Wa Mulumba sur les eaux flottantes de l’océan Atlantique à Muanda

Par Patrick Kitoko

Mis en cause dans la polémique sur la non-opérationnalisation des bateaux de pêche acquis par l'État, l'ancien ministre de la Pêche et de l'Élevage, Adrien Bokele Djema, est sorti de son silence. Au micro d’Opinion-Info.cd, il répond à son successeur, Jean-Pierre Tshimanga Buana, et conteste ses explications.

Au-delà de la polémique sur les navires, deux zones d'ombre demeurent: les fameux « courants marins » invoqués pour justifier le blocage, et le flou autour du coût réel, entre les 15 millions USD évoqués publiquement et les 7.877.250 USD avancés par Bokele.

La version de Tshimanga contestée

Tout est parti d'une sortie médiatique du ministre en exercice. Jean-Pierre Tshimanga Buana avait justifié la non-exploitation des huit bateaux mouillant à Boma par des contraintes techniques: des navires inadaptés aux conditions de la façade maritime congolaise, marquée par d'importants courants marins, et l'absence d'équipements pour la pêche en eaux profondes.

Dans un entretien accordé à Opinion-Info.cd, Adrien Bokele balaye cet argument. Pour lui, les caractéristiques maritimes du pays étaient connues et intégrées dès la conception du projet, sur la base de spécifications techniques validées par la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP).

Le député Adrien Bokele, ancien ministre de la Pêche, qui répondait aux questions d’Opinion-Info
Le député Adrien Bokele, ancien ministre de la Pêche, qui répondait aux questions d’Opinion-Info

« Si les courants marins constituaient une contrainte connue, comment auraient-ils pu être ignorés lors de la commande ? », interroge en substance l'ancien ministre, qui renvoie son successeur à produire les preuves techniques de l'inadaptation des navires livrés.

7,8 millions ou 15 millions: le flou sur la facture

Autre pomme de discorde: le coût. Le chiffre de 15 millions de dollars est régulièrement cité dans la presse comme le montant de l'acquisition.

Or, Bokele ne reconnaît pas ce montant. Il évoque, pièces à l'appui selon lui, une dépense de 7.877.250 USD. D'où vient alors l'écart ?

Le montant de 15 millions correspond-il au coût global d'un programme plus large, à une enveloppe prévisionnelle, à plusieurs marchés cumulés ou au montant réellement décaissé ? À ce stade, aucune confrontation documentaire n'a été faite. Seuls les contrats, ordres de paiement, procès-verbaux de réception et éventuels avenants permettront de trancher.

Le ministère de la Pêche a, d'ailleurs, précisé que Jean-Pierre Tshimanga n'avait jamais accusé son prédécesseur d'avoir fait perdre 15 millions USD à l'État.

Deux ministres, deux lectures

Le successeur met en avant des contraintes techniques, l'absence de chaîne du froid, de débarcadères, de chambres froides et de formation des équipages. Le prédécesseur défend un processus régulier et rappelle qu'une flotte ne se résume pas à des coques: elle exige toute une infrastructure d'accompagnement.

Le débat ravive aussi la question du type de navires commandés. Des documents de préparation du projet faisaient état de chalutiers adaptés à la pêche maritime. Pourquoi les bateaux finalement livrés feraient-ils aujourd'hui l'objet de telles réserves ? À quel stade les choix techniques ont-ils été arrêtés ?

La visite des bateaux semi industriels par le ministre de pêche et élevage, Jean Pierre Tshimanga, en Espagne
La visite des bateaux semi industriels par le ministre de Pêche et Élevage, Jean-Pierre Tshimanga, en Espagne

Un dossier désormais sur la place publique

Avec la réplique d'Adrien Bokele, l'affaire dépasse la simple question de navires à quai. Elle devient un débat sur la traçabilité d'un investissement public censé relancer la pêche congolaise.

Désormais, seules les pièces du dossier permettront de sortir de la controverse: cahier des charges, contrats, spécifications techniques, rapports de la DGCMP, factures et PV de réception.

Trois questions restent posées: combien l'État a-t-il réellement payé ? Quels bateaux ont été exactement commandés ? Et pourquoi, un an après leur acquisition, n'ont-ils jamais pêché le moindre fretin ?

Mercredi 23 septembre 2026 - 18:21