Par Patrick Kitoko
Le contraste entre la marche des partis proches du pouvoir, organisée le 22 septembre, et les mobilisations de l’opposition continue de susciter des interrogations. Jean-Claude Katende y voit un problème de traitement différencié des manifestations politiques et interpelle directement les autorités.
Une marche politique peut-elle être pacifique lorsqu’elle est organisée par les partis au pouvoir, mais dégénérer lorsqu’elle est portée par l’opposition ? C’est la question que pose Jean-Claude Katende au lendemain de la mobilisation organisée par les partis proches du pouvoir, mardi 22 septembre 2026.
Dans une prise de position, le président de l’ASADHO (Association africaine de défense des droits de l’homme) s’étonne du déroulement de cette manifestation, notamment de l’absence, selon lui, de morts ou d’arrestations.
« Pourquoi, à la marche des partis politiques proches du pouvoir organisée hier, n’y a-t-il pas eu de morts ni de personnes arrêtées ? Pourquoi les supposés inciviques de l’opposition ne sont-ils pas allés perturber la marche des partis politiques au pouvoir ? », s’interroge Jean-Claude Katende.
Pour le défenseur des droits humains, cette différence entre les manifestations du pouvoir et celles de l’opposition mérite d’être questionnée. Son interrogation porte notamment sur l’identité des personnes à l’origine des incidents qui surviennent lors de certaines marches de l’opposition.
« Les marches de l’opposition toujours perturbées par des proches du pouvoir ? »
Jean-Claude Katende franchit ensuite un pas supplémentaire dans son analyse. À partir du contraste observé entre les deux types de manifestations, il avance l’hypothèse d’une implication d’acteurs proches du pouvoir dans les perturbations des rassemblements de l’opposition.
« Avec cette réalité, on peut arriver à la conclusion que les marches de l’opposition ont toujours été perturbées par les inciviques proches du pouvoir et non le contraire », affirme-t-il.
Cette accusation, formulée par Jean-Claude Katende, reste toutefois à confronter aux éléments établis par les enquêtes et aux éventuelles conclusions judiciaires.
Elle intervient dans un contexte où majorité et opposition s’accusent régulièrement de contribuer à la tension politique et où les autorités sont appelées à garantir l’exercice du droit de manifestation dans le respect de l’ordre public.
Deux camps, deux traitements ?
Au cœur de la sortie de Jean-Claude Katende se trouve donc une question plus large : les manifestations politiques bénéficient-elles des mêmes garanties de sécurité et du même traitement institutionnel, quelle que soit leur appartenance politique ?
Pour l’acteur de la société civile, le contraste entre la marche du pouvoir et les manifestations de l’opposition constitue un motif pour ouvrir le débat sur la neutralité de l’encadrement des manifestations.
La question est d’autant plus sensible que la liberté de manifestation constitue un droit garanti par la Constitution. Dans une démocratie, la protection de ce droit ne devrait pas dépendre de la proximité des organisateurs avec le pouvoir, mais s’appliquer à l’ensemble des acteurs politiques et citoyens.
Jean-Claude Katende tire de cette situation une conclusion particulièrement sévère à l’égard du pouvoir en place.
« Le régime Tshisekedi met la démocratie en danger », estime-t-il.
Une accusation politique qui relance le débat sur les conditions d’exercice des libertés publiques en RDC. Entre les marches de la majorité et celles de l’opposition, le véritable enjeu reste désormais de savoir si les mêmes règles, les mêmes garanties et les mêmes exigences de maintien de l’ordre sont appliquées à tous.
Au-delà des accusations croisées, les faits précis entourant chaque manifestation devront être établis de manière indépendante. C’est notamment à ce niveau que se joue la crédibilité des institutions chargées d’encadrer les manifestations et de faire respecter les libertés publiques.