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Kongo-central : le kikongo en voie de disparition, le lingala gagne progressivement du terrain [Enquête]

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Kongo central modifié
Kongo central modifié

Par Gratis Makabi

Le lingala devient de plus en plus la langue d'échange au Kongo-central. Après avoir supplanté le kikongo à Kinshasa, où ce dernier était pourtant la langue véhiculaire vers les six premières décennies du XXème siècle, le lingala est en train de s'imposer progressivement dans plusieurs villes de la province du Kongo-central, notamment à Matadi, Boma, Mbanza-ngungu, Moanda, Kisantu, Lukala et Kasangulu.

Une équipe de la rédaction d'opinion-info.cd s'est rendue à Matadi, chef-lieu de la province, et Mbanza-ngungu ainsi que Kisantu pour palper du doigt cette réalité.

À Matadi, l'on a remarqué la forte influence de lingala dans deux communes sur les trois possibles.  Les communes de Matadi et Nzanza viennent en pole position suivie de Mvuzi où l'on écoute le Kikongo sortir de quelques bouches.

Le lingala est fortement utilisé dans les milieux des enfants et des jeunes, tandis que le Kikongo est principalement utilisé chez les vieilles personnes.

Une étudiante de l'ISIPA Matadi a fait savoir que la suprématie de lingala sur le Kikongo à Matadi est dûe à plusieurs choses, entre autres l'arrivée en masse de kinois au chef-lieu du Kongo-central depuis la fin du XXème siècle, et l'influence de la rumba congolaise dans les milieux des jeunes  matadiens, mais aussi la plus part d'intellectuels ou d'évolués de Matadi sont venus de Kinshasa.

À Mbanza-ngungu, le lingala est très bien implanté surtout dans les milieux estudiantins où même le français est dominé.

À Kisantu, le lingala est légèrement au-dessus de Kikongo d'autant plus que la ville n'est pas forcément envahie par des gens de l'extérieur de la province.

Il sied de signaler que le kikongo est une langue bantoue parlée par les Kongos (Bakongo en kikongo) vivant en Angola (dans le Nord du pays et l'enclave de Cabinda), à l'ouest-sud du Congo-Brazzaville, au Gabon et en RDC, principalement dans les provinces du Kongo-central, Kwango, Kwilu et Kinshasa.

En RDC, la Constitution spécifie que le kikongo est une des quatre langues nationales aux côtés de Lingala, Swahili et Tshiluba, mais en réalité la Constitution fait référence à un créole basé sur le kikongo à savoir le kikongo ya l'État Le kikongo ya l'Etat est une langue utilisée dans l’administration des provinces du Kongo-central, Kwango et Kwilu.

Tandis que le lingala est la langue nationale la plus influente de la RDC. On compte environ 20 millions de locuteurs qui utilisent cette langue comme leur première langue, et 25 à 30 de millions de locuteurs l'utilisant comme deuxième ou troisième langue.

Le succès et l’expansion du lingala au cours de la seconde partie du XXème siècle, et en particulier à l’époque du Zaïre, sont notamment dus au fait qu’il a été largement promu par Mobutu Sese Seko, natif de la région lingalaphone.

Le lingala fut notamment la langue principale de l’armée zaïroise, et aujourd’hui elle l’est aussi de l’Armée congolaise malgré le swahili swahili apporté par Laurent-Désiré Kabila en 1997.

C'est aussi la langue dans laquelle chantent de nombreux artistes originaires ou installés à Kinshasa, et exportant leur musique sur l'échelle internationale tels Jossart Nyoka Longo M'vula, Koffi Olomidé, JB Mpiana, Werrason, Félix Wazekwa, Fally Ipupa, Ferré Gola, Héritier Watanabe ou encore Fabregas.