Par Patrick Kitoko
Dans les rues animées de Matete, l'une des communes populaires de la capitale congolaise, un phénomène social et culturel s’impose avec énergie et créativité, la danse «Mukomboso».
Plus qu’un simple mouvement chorégraphique, cette danse devenue virale à Kinshasa incarne une réponse collective, festive et symbolique à un quotidien souvent marqué par les difficultés économiques et sociales.
Née dans les quartiers de Matete, la danse Mukomboso s’est rapidement propagée grâce aux réseaux sociaux, aux rassemblements de rue et aux événements communautaires. Son succès repose sur des pas simples mais expressifs, une gestuelle parfois exagérée et un rythme entraînant qui invite à la participation.
Très vite, jeunes et moins jeunes se l’approprient, transformant trottoirs, marchés et cours communes en véritables scènes de spectacle.
Dans un contexte où la vie urbaine à Kinshasa est rythmée par le chômage, la débrouillardise quotidienne, les embouteillages et l’insécurité sociale, Mukomboso apparaît comme une soupape de décompression. Elle permet aux habitants de Matete de souffler, de rire et de se reconnecter à une joie collective, même éphémère.
Danser devient alors un acte de résistance douce, une manière de dire que malgré les contraintes, la vie continue et mérite d’être célébrée.
La viralité de Mukomboso ne doit rien au hasard. À l’ère du numérique, de nombreuses vidéos amateurs circulent sur TikTok, Facebook et Instagram, mettant en scène des groupes de jeunes exécutant la danse avec humour et fierté. Ces images, souvent filmées dans des décors modestes, séduisent par leur authenticité et leur énergie communicative.
Elles offrent aussi une autre image de Matete, celle d’une commune créative, vivante et résiliente.
“ C'est un phénomène qui accompagne l'être humain dans l'expression de sa gaieté. Mais alors, ça doit être vécu avec modération et plus de conscience. C'est juste pour le plaisir à mon avis ”, estime Monsieur Arsène Ngoya, natif de ladite municipalité qui a fait connaître quelques grands noms de la culture congolaise, à l'instar de Félix Wazekwa, Le Karmapa, Fabregas, Edingwe et tant d'autres.
Au-delà du divertissement, Mukomboso joue un rôle social important. Elle renforce le sentiment d’appartenance communautaire et crée des ponts entre générations. Dans certains cas, elle devient même un moyen d’expression pour dénoncer, de façon indirecte et ludique, les réalités difficiles du quotidien.
Le corps parle là où les mots manquent, et le rire devient un langage commun. Ce phénomène rappelle que la culture populaire congolaise a toujours su transformer l’adversité en créativité.
Comme la rumba ou d’autres danses urbaines avant elle, Mukomboso s’inscrit dans une tradition de résilience culturelle propre à Kinshasa. Elle témoigne de la capacité des habitants à réinventer le bonheur, même dans les difficultés.
Ainsi, à Matete, la danse Mukomboso n’est pas qu’une tendance passagère. Elle est le reflet d’une société qui refuse de se laisser définir uniquement par ses difficultés. En dansant, les Kinois affirment leur humanité, leur solidarité et leur indéfectible goût pour la fête, faisant de la joie un véritable acte de survie.