Par Serge Mavungu
La République démocratique du Congo entend renforcer sa riposte contre la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola (MVE17) à travers un nouveau plan de réponse qui accorde une place importante aux communautés locales. L’objectif fixé aux différents intervenants est de parvenir au contrôle de l’épidémie dans un délai de 180 jours.
Présentant les grandes lignes de ce dispositif, le professeur Christian Ngandu, coordonnateur du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP), a insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les acteurs locaux dans la surveillance et la réponse à l’épidémie.
Les communautés au cœur de la surveillance
Pour Christian Ngandu, la riposte ne doit pas se limiter aux structures sanitaires. Le nouveau dispositif prévoit de renforcer les interventions jusqu’au niveau des aires de santé et des villages, avec l’implication des chefs de villages, des notables, des agents de santé communautaires et des relais communautaires.
Cette organisation doit permettre d’identifier plus rapidement les personnes malades encore présentes dans les communautés et de faciliter leur orientation vers les structures de prise en charge. Les villages doivent également être catégorisés en fonction de leur niveau de risque afin d’adapter les interventions.
Cette approche vise notamment à consolider la confiance entre les populations et les équipes de riposte, après les difficultés observées au début de l’épidémie, lorsque certains patients évitaient encore les structures de soins et que la méfiance compliquait le travail des équipes sanitaires.
Un plan qui dépasse le seul secteur de la santé
Le nouveau plan tient compte de l’évolution de l’épidémie et des enseignements tirés des premiers mois de la riposte. Il s’inscrit dans une approche multisectorielle et mobilise, outre le secteur de la santé, plusieurs autres domaines, notamment les affaires humanitaires, la communication, la sécurité, les transports, particulièrement le transport fluvial, l’élevage, la pêche et l’environnement.
Cette orientation s’inscrit dans l’approche « Une Santé », qui prend en compte les interactions entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement dans la prévention et la gestion des maladies à potentiel épidémique.
Le plan entend également mieux prendre en compte les mouvements des populations et les différents corridors de déplacement, notamment les voies fluviales, afin de renforcer la surveillance et de limiter les risques de propagation.
Un financement renforcé
Le nouveau plan de réponse, présenté comme un plan de deuxième génération, intervient après une première phase dont le coût était estimé à environ 242 millions de dollars américains. La nouvelle programmation est évaluée à près de 1,2 milliard de dollars, dont environ 870 millions destinés au secteur de la santé.
Selon Christian Ngandu, ce financement doit permettre de couvrir plusieurs axes d’intervention, tout en renforçant les capacités du système de santé. L’objectif est notamment de ne pas laisser les acquis de la riposte disparaître une fois l’épidémie maîtrisée.
Le dispositif prévoit ainsi des investissements dans les infrastructures, les équipements et les capacités locales, afin que la réponse à Ebola contribue également au renforcement durable du système de santé.
Améliorer la prise en charge et la surveillance
Cette nouvelle phase intervient alors que la surveillance épidémiologique a été renforcée. L’intensification de la recherche des cas et des contacts a notamment permis d’identifier davantage de personnes infectées au sein des communautés.
La prise en charge des patients a également évolué, avec le recours, pour les personnes éligibles, aux anticorps monoclonaux et aux antiviraux, notamment le remdesivir.
La vaccination des personnels exposés et des personnes en contact avec les cas confirmés constitue également l’un des volets de la riposte.
À travers ce nouveau plan, les autorités sanitaires veulent donc combiner le contrôle de MVE17 à court terme avec une implication accrue des communautés, le renforcement du système de santé et une meilleure préparation face aux futures épidémies.