Par Patrick Kitoko
Trois personnes sont mortes du choléra en l'espace d'une semaine dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu. La confirmation émane de l'administrateur du territoire, Samy Kalondji, qui fait également état d'une dizaine de malades alors qu'une hausse des cas de diarrhée est signalée dans plusieurs localités. Cette situation intervient dans un contexte sanitaire déjà préoccupant en République démocratique du Congo. Le choléra demeure l'une des principales urgences de santé publique du pays.
Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 83 266 cas et 2 384 décès avaient été rapportés entre la première semaine de 2025 et la huitième semaine de 2026, Kinshasa représentant près de 30 % des cas.
La saison des pluies, un facteur aggravant
L'apparition ou la recrudescence de cas à Fizi intervient à l'approche de la période des pluies, une saison qui peut compliquer davantage la lutte contre le choléra. Les fortes précipitations peuvent favoriser la contamination des sources d'eau lorsque les eaux de ruissellement entrent en contact avec des matières fécales ou des réseaux d'assainissement défaillants.
L'OMS souligne précisément que les inondations et les glissements de terrain provoqués par les fortes pluies peuvent contribuer à la diffusion du choléra dans les communautés et les camps de personnes déplacées.
Le mécanisme est particulièrement préoccupant dans les zones où l'accès à l'eau potable reste limité. Une eau contaminée peut rapidement devenir un vecteur de transmission lorsque les populations l'utilisent pour boire, cuisiner ou se laver. Le risque augmente encore dans les endroits caractérisés par la promiscuité, l'insuffisance des latrines et la faiblesse des dispositifs de traitement des déchets.
Dans son analyse de la situation du choléra en RDC, l'OMS relève d'ailleurs que l'insuffisance de l'assainissement, les facteurs climatiques et les déplacements de populations contribuent à amplifier l'épidémie.
De Fizi à d'autres provinces : un risque qui dépasse le Sud-Kivu
Le cas de Fizi ne doit donc pas être considéré uniquement comme un problème local. La mobilité des populations, les déplacements liés aux conflits et les échanges entre territoires peuvent favoriser l'introduction de la maladie dans de nouvelles zones lorsque les conditions sanitaires y sont également précaires.
L'Est de la RDC reste particulièrement exposé. L'OMS identifie notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Katanga et le Tanganyika parmi les régions où le choléra est endémique. Dans les zones affectées par les déplacements massifs de populations, l'accès limité à l'eau potable et aux installations sanitaires augmente encore le risque de transmission.
Mais la menace ne s'arrête pas à l'Est. Kinshasa a également été l'un des principaux foyers de transmission, avec 30 % des cas nationaux rapportés au début de 2026. L'OMS y a notamment renforcé la prise en charge et les opérations de chloration de l'eau dans plusieurs zones de santé. Cette situation montre que le choléra peut concerner aussi bien les grands centres urbains que les territoires ruraux.
Dans les villes, la forte densité démographique et les difficultés d'accès à l'eau potable peuvent accélérer la transmission. Dans les zones rurales, l'éloignement des structures sanitaires et la dépendance à des sources d'eau parfois non protégées peuvent retarder la détection et la prise en charge des malades.
Une vigilance renforcée avant une éventuelle extension
À Fizi, la priorité consiste désormais à déterminer rapidement si les décès enregistrés et la dizaine de malades signalés constituent une flambée localisée ou le début d'une propagation plus importante. La surveillance des cas de diarrhée aqueuse, l'identification rapide des personnes présentant des symptômes, la confirmation biologique lorsque nécessaire et leur prise en charge précoce sont essentielles. La prévention passe également par des mesures simples mais déterminantes : consommation d'eau sûre, lavage régulier des mains, utilisation de latrines, traitement ou chloration de l'eau et signalement rapide de tout cas suspect.
Le risque est d'autant plus important que le choléra peut provoquer une déshydratation sévère et entraîner la mort lorsqu'il n'est pas pris en charge rapidement. À l'inverse, une prise en charge précoce et une réponse efficace sur l'eau, l'hygiène et l'assainissement permettent de réduire considérablement la mortalité.
Les trois décès enregistrés à Fizi constituent ainsi un signal d'alerte, particulièrement à l'entrée d'une période où les pluies peuvent aggraver les conditions favorables à la transmission. Pour les autorités sanitaires, l'enjeu dépasse désormais la seule surveillance du territoire de Fizi : il s'agit d'éviter que des foyers locaux ne se transforment en chaînes de transmission susceptibles de toucher d'autres territoires et provinces du pays.