Breaking News

Octobre Rose : Et si le vrai défi était de faire comprendre le message ?

Catégorie
Image
Mireille Lusiense Zena, Experte en communication, communication pour le changement social et comportemental, Experte en communication pour la santé
Mireille Lusiense Zena, Experte en communication, communication pour le changement social et comportemental, Experte en communication pour la santé

Par Mireille Lusiense Zena, Experte en communication, communication pour le changement social et comportemental, Experte en communication pour la santé 

Octobre est arrivé avec son ruban rose. Comme chaque année, les messages vont se multiplier : affiches, émissions, publications sur les réseaux sociaux, conférences, témoignages, campagnes de dépistage…

Et c’est une bonne chose.

Mais une question me revient, en tant que chercheuse et praticienne de la communication pour la santé :

Après avoir été exposée au message, la femme l’a-t-elle réellement compris ?

Le 1er octobre, à l’occasion d’Octobre Rose, le ministre de la Santé publique, Dr Roger Kamba, a lancé un appel clair : « Même sans symptôme, faites-vous dépister. » Une campagne nationale de dépistage est également annoncée, avec 912 000 femmes ciblées pour le cancer du col de l’utérus dans six provinces et, à Kinshasa, 5 000 femmes devant bénéficier gratuitement du dépistage du cancer du sein.

Le message est là.

Campagne Octobre Rose : un mois consacré à la sensibilisation et à la lutte contre le cancer du sein à Kinshasa.
Campagne Octobre Rose : un mois consacré à la sensibilisation et à la lutte contre le cancer du sein à Kinshasa.

L’offre de dépistage est là.

Mais entre entendre et agir, il existe tout un monde.

Voir n’est pas comprendre. Comprendre n’est pas agir.

C’est précisément là que la communication en santé doit accepter de se remettre en question.

Pendant des années, nous avons parfois considéré qu’une campagne était réussie parce que son message avait été diffusé largement.

Combien de personnes ont vu l’affiche ?

Combien ont regardé le spot ?

Combien ont entendu le message à la radio ?

Combien ont partagé la publication ?

Mais une autre question devrait systématiquement suivre :

Qu’ont-elles compris ?

Et surtout :

Qu’ont-elles fait de cette compréhension ?

Cette question me parle particulièrement.

Lorsque j’étais responsable de la communication dans un projet du Fonds mondial de lutte contre le paludisme, nous évaluions beaucoup notre communication à travers la diffusion et la visibilité des messages.

Des personnes avaient vu.

Des personnes avaient entendu.

Des personnes avaient lu.

Mais nous ne nous posions pas suffisamment la question essentielle :

Ces personnes avaient-elles compris le message ?

Avec le recul de la chercheuse que je suis devenue, cette expérience m’a appris une chose fondamentale :

La visibilité d'un message n'est pas la preuve de son efficacité.

Octobre Rose à Kinshasa : mobilisation pour renforcer la sensibilisation au dépistage et à la prévention du cancer du sein.
Octobre Rose à Kinshasa : mobilisation pour renforcer la sensibilisation au dépistage et à la prévention du cancer du sein.

Octobre Rose nous offre l'occasion de ne pas reproduire cette erreur.

Une femme peut avoir entendu parler du dépistage… et ne jamais se faire dépister.

Pourquoi ?

Parce qu'un comportement de santé ne naît pas automatiquement d'une information.

Il peut y avoir la peur du résultat.

La honte.

Les croyances.

Le coût.

La distance.

Le manque de temps.

La méfiance.

L'influence de l'entourage.

Ou simplement une mauvaise compréhension du message.

Dire à une femme « faites-vous dépister » est nécessaire.

Mais cela peut ne pas être suffisant.

Il faut aussi lui permettre de comprendre pourquoi, quand, où, comment, et surtout de savoir que le dépistage n'est pas réservé à celle qui se sent malade.

C'est précisément le sens de l'appel du ministre : ne pas attendre l'apparition des symptômes pour agir.

Le vrai défi d'Octobre Rose n'est donc peut-être pas de parler davantage.

C'est de mieux parler.

Parler dans une langue que les femmes comprennent.

Utiliser des mots qui ne font pas peur inutilement.

Répondre aux représentations et aux croyances.

Tenir compte des réalités sociales et culturelles.

Adapter les supports aux différents publics.

Et surtout, écouter avant de vouloir convaincre.

Car la communication en santé ne devrait jamais être uniquement une communication vers les populations.

Elle doit aussi être une communication avec les populations.

Une femme n'est pas seulement une destinataire d'affiche.

Elle est une personne avec une histoire, des croyances, des peurs, des contraintes, une famille et une représentation de la maladie.

Si nous voulons que le dépistage devienne un réflexe, il faut donc comprendre ce qui empêche encore certaines femmes de franchir la porte d'un centre de santé.

À Kinshasa, Octobre Rose met en lumière l’importance de l’information, du dépistage précoce et de la prévention du cancer du sein.
À Kinshasa, Octobre Rose met en lumière l’importance de l’information, du dépistage précoce et de la prévention du cancer du sein.

Octobre Rose ne devrait pas être seulement un mois de communication.

Il devrait être un mois de questionnement.

Questionner nos messages.

Questionner nos méthodes.

Questionner nos supports.

Questionner nos résultats.

Et surtout, questionner notre manière de mesurer la réussite d'une campagne.

Parce qu'une campagne peut être partout…

et ne toucher personne en profondeur.

Elle peut être magnifique visuellement …

et rester incomprise.

Elle peut être massivement partagée…

sans produire le moindre changement.

Le défi est donc immense.

Faire du dépistage non pas seulement un slogan d'Octobre Rose, mais progressivement un réflexe de santé.

Le ministère donne cette année une impulsion importante en annonçant une campagne qui doit se poursuivre jusqu'en 2028.

À nous, professionnels de la communication, de la santé, des médias et acteurs communautaires, de faire en sorte que cette mobilisation ne reste pas seulement visible.

Qu'elle soit comprise.

Qu'elle soit appropriée.

Qu'elle soit transformée en action.

Car en santé publique, le véritable succès d'un message ne se mesure pas seulement au nombre de personnes qui l'ont vu.

Il se mesure aussi au nombre de personnes qui l'ont compris… et qui ont décidé d'agir.

Octobre Rose, parlons-en.

Mais surtout, faisons en sorte que le message arrive jusqu'au comportement.

Vendredi 2 octobre 2026 - 18:01