Par Denise Kyalwahi
La situation économique difficile que traverse Beni constitue l’un des facteurs qui compliquent la lutte contre Ebola. Pour Samuel-Don Katembo Sekanabo, président du Parlement urbain des jeunes de Beni et expert en communication des risques, certains comportements observés chez les jeunes ne peuvent être expliqués uniquement par la désinformation.
Lors d’un point de presse organisé mardi 6 octobre à l’Université Officielle de Semuliki, il a expliqué que la précarité pousse certains jeunes à rechercher des opportunités dans les activités liées à la réponse contre la maladie.
Selon lui, certains jeunes sont conscients de la réalité et de la dangerosité d’Ebola, mais cherchent à attirer l’attention des intervenants dans l’espoir d’être associés aux activités financées par les partenaires.
« Beaucoup de jeunes savent parfaitement que la maladie est réelle et mortelle. Cependant, certains font le choix de la résistance dans l'espoir de se faire remarquer et d'être ensuite invités à la table des négociations », a-t-il expliqué.
Cette situation serait également alimentée par l’idée selon laquelle les organisations engagées dans la réponse disposent d’importantes ressources financières susceptibles de profiter directement à la population.
L’expert en communication des risques a ainsi clarifié la destination des fonds mobilisés pour la lutte contre Ebola. Selon lui, ces ressources sont principalement consacrées à la prévention, à la vaccination, aux soins, à la logistique et aux autres opérations sanitaires.
Elles ne constituent donc pas une enveloppe destinée à être distribuée directement aux habitants. Samuel-Don Katembo invite les jeunes à privilégier l’engagement communautaire et le bénévolat plutôt que la recherche d’un bénéfice individuel.
Il estime également que les agents engagés sur le terrain doivent adopter un comportement irréprochable afin d’améliorer les relations avec les communautés. Leur attitude, leur communication et leur présentation peuvent influencer la perception des interventions sanitaires.
Dans un environnement déjà marqué par la suspicion, tout comportement jugé inapproprié risque, selon lui, de fragiliser davantage l’adhésion aux mesures de riposte.
Samuel-Don Katembo a par ailleurs appelé les médias à traiter la situation avec responsabilité. Une forte exposition des incidents et des actes de violence peut, estime-t-il, contribuer à leur banalisation et favoriser leur reproduction.
Il préconise plutôt de mettre en avant les initiatives communautaires pacifiques, les efforts de dialogue et les actions favorisant la collaboration entre les habitants et les équipes sanitaires.
À Beni, la réponse à Ebola dépend ainsi non seulement des moyens médicaux, mais aussi de la capacité des différents acteurs à prendre en compte les difficultés économiques, à renforcer le dialogue avec la jeunesse et à restaurer la confiance au sein de la communauté.