Léopards football : le résultat du folklore [Tribune de Rombaut Kasongo]

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Photo d'avant match des Léopards de la RDC au Stade des Martyrs
Photo d'avant match des Léopards de la RDC au Stade des Martyrs

"Finalement, on s'est rendu compte que le Maroc a eu la chance de croiser l'équipe la plus faible de ces barrages". Cette conclusion est de nos confrères de Radio France Internationale (RFI) à l'issue du match entre les Lions de lAtlas du Maroc et les Léopards de la RDC. Ontils eu tort de faire ce consta ? Je dis non. Parce que sur terrain, le Maroc a non seulement privé la RDC d'une qualification pour la phase finale de la coupe du monde, mais le royaume chérifien a humilié le pays de Patrice-Emery Lumumba

Il n'y a que ceux qui croient aux miracles, aux pratiques fétichistes... qui envoyaient les Léopards au Qatar. En réalité, tous les ingrédients étaient réunis pour obtenir ce crash au stade Mohamed V, à Casablanca, au Maroc. Ce score fleuve, cette élimination, cette humulitaion... est le résultat du folklore qui avait entouré la préparation de cette double confrontation. 

Folklore. C'est d'abord cette mainmise du ministre des Sports, Serge Khonde, qui était devenu, en réalité, "le ministre des Léopards football". Parce qu'on a vu les Léopards basket-ball/hommes se payer leurs billets pour aller défendre le drapeau de la RDC au Sénégal. Bien.plus, malgré la lettre de la Confédération Africaine de Football (CAF) lui interdisant de s'insérer dans la gestion de la Fecofa, Serge Khonde avait bouché  ses oreilles, plaçant les dirigeants de l'instance faîtière au placard. 

Folklore. C'est aussi cette cacophonie autour de la gestion  de l'équipe nationale de la RDC. Finalement, on ne sait pas qui devrait faire quoi. Ainsi, par exemple, c'est Godard Motemona, vice-ministre des Mines qui a annoncé l'arrivée du joueur Meschak Elia en lieu et place de la Fecofa. Est-ce que le joueur Meschak Elia etait venu sur demande de l'entraîneur ? Que pouvait-on attendre d'un joueur amené à Kinshasa pressue manu militari ? 

Folklore. C'est aussi cette guerre des charlants autour de la sélection nationale . Tantôt, c'est un Directeur de la télévision atilanle qui révèle avoir été contacté par plus de 200 féticheurs pour la "preparation" du match; tantôt c'est l'ancien catcheur Edingwe qui prédit la défaite des Léopards, avant d'avouer avoir dit cela pour être reçu par le chef de l'Etat; tantôt c'est le pasteur Denis Lessie qui a demandé d'être reçu par les autorités du pays pour faire gagner la sélection nationale. Sous d'autres cieux, tous ces charmants auraient pu être interpellés. Comme ennRDC, n'importe qui peut se permettre n'importe quoi, tout cela est passé comme dans un film. 

Folklore.  C'est aussi ces billets de banque donnés aux artistes-musiciens pour composer une chanson afin de pousser les supporters congolais de pousser les Léopards à la victoire. Personnellement, je n'ai pas entendu cette chanson être jouée dans des bras ou au stade le jour. Ou être reprise par des supporters dans les rues de Kinshasa. Quel effet a-t-elle produit ? On le saura peut-être un jour. 

Folklore. C'est aussi la récupération de cette double confrontation par des acteurs politiques. Le vendredi 25 mars, on a vu au stade des Martyrs des operateurs politiques qui n'avaient jamais mis leurs pieds dans un stade envahit le temple sportif de la commune de Kinshasa . On a même vu certains s'asseoir au stade, comme s'ils présidaient une réunion de famille. Selon des sources,  certains ont même soudoyé des caméraman pour être filmés. 

Folklore. C'est aussi cette délégation, composée d'une vingtaine de députés nationaux "envoyés en mission" au Maroc (aux frais de l'Etat) pour aller soutenir les Léopards. Dieu seul sait s'ils ont vraiment suivi le match au stade. 

Maintenant que les Léopards n'iront plus au Qatar, l'enveloppe qui allait être allouée à la préparation et à la participation du Onze national à la messe mondiale du football pourra être affectée à un autre chose, par exemple grossir le budget de l'armée pour combattre cette nouvelle rébellion du M23 qui prend corps dans le Nord-Kivu. 

Par Rombaut KASONGO MABIA, enseignant à l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication.