Par Serge Mavungu
« Nous avons beaucoup parlé, maintenant passons à l’action. » C’est par cet appel à l’action que la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a clôturé, samedi 10 octobre à Kinshasa, la 12e édition d’ExpoBéton RDC. Au terme de quatre jours d’échanges consacrés à la transformation des villes congolaises, la cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité de traduire les recommandations formulées en projets concrets, avec des résultats attendus dès 2027.
Organisée autour du thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC », cette édition a notamment abordé les difficultés liées à l’urbanisation, à l’aménagement du territoire, aux infrastructures et à l’amélioration du cadre de vie. Autant de défis qui exigent, au-delà des discussions, une action coordonnée des pouvoirs publics et des acteurs privés.
Lors de la cérémonie de clôture, organisée à la Grande Résidence – Galerie La Fontaine, les participants ont présenté les conclusions de leurs travaux ainsi que les recommandations destinées à améliorer la planification et la gestion des villes congolaises.
Kinshasa face à l’urgence des réalisations
Embouteillages, inondations, érosions, difficultés d’accès au logement et insuffisance des infrastructures : les problèmes évoqués au cours d’ExpoBéton sont bien connus des habitants de Kinshasa. Pour Judith Suminwa, l’enjeu consiste désormais à dépasser le constat et à engager des actions capables de modifier concrètement le quotidien des populations.
Reprenant une expression en lingala, « tolobi pe mingi, sik’oyo tosala », qu’elle a traduite par « nous avons beaucoup parlé, maintenant passons à l’action », la Première ministre a souligné la nécessité de donner une suite concrète aux réflexions menées pendant cette rencontre.
Elle a souhaité que les conclusions de cette 12e édition se traduisent, dès 2027, par des avancées tangibles dans la transformation des villes et l’amélioration des conditions de vie.
La cheffe du gouvernement a également réaffirmé la disponibilité de son cabinet à accompagner la mise en œuvre des recommandations, en collaboration avec les ministères sectoriels et les institutions concernées.
Urbanisme, foncier et normes de construction au cœur des recommandations
Présentant le rapport général des travaux, le sénateur Jean Bamanisa Saidi, président du comité d’organisation d’ExpoBéton, a mis en avant plusieurs priorités, notamment la planification urbaine, la sécurisation foncière et le respect des normes de construction.
Les participants ont notamment préconisé une meilleure organisation de l’occupation des espaces, le renforcement du cadastre, la protection des espaces et infrastructures publics ainsi que l’adoption de normes nationales de construction accompagnées de mécanismes de contrôle effectifs.
« Rendre la qualité opposable ; pas de compétence sans responsabilité, pas de responsabilité sans identification », a déclaré Jean Bamanisa Saidi lors de la présentation du rapport général.
Les recommandations portent également sur la formation aux métiers de la construction et la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience. Les participants ont, en outre, insisté sur la nécessité d’élaborer une feuille de route intégrée pour répondre aux défis de Kinshasa, notamment en matière d’assainissement, de mobilité, d’énergie et de gestion des eaux pluviales.
Le rapport préconise par ailleurs la conclusion d’un pacte national sur les infrastructures et la transformation des villes. Celui-ci réunirait l’État, les provinces, les villes, le secteur privé, les banques, les organisations professionnelles et les partenaires techniques autour d’objectifs communs.
Des recommandations en phase avec les priorités gouvernementales
L’appel de Judith Suminwa à passer aux réalisations s’inscrit dans les orientations du Programme d’actions du gouvernement (PAG 2024-2028), notamment son troisième pilier consacré à l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale.
Les infrastructures de transport, la mobilité urbaine, l’aménagement des villes et l’amélioration du cadre de vie figurent parmi les enjeux qui nécessitent une coordination des interventions publiques et une mobilisation des partenaires concernés.
Reste désormais à traduire les recommandations d’ExpoBéton en mesures opérationnelles, avec des responsabilités clairement définies et des échéances permettant d’en évaluer les résultats. L’objectif affiché par la Première ministre est que les conclusions de cette édition ne restent pas au stade des propositions, mais contribuent à des changements perceptibles sur le terrain.
Les compétences locales mises en avant
La cérémonie de clôture a également mis en lumière les compétences nationales dans les métiers de la construction. Des ouvriers ayant bénéficié du dispositif de valorisation des acquis de l’expérience (VAE) ont reçu des certificats reconnaissant les compétences développées au cours de leur parcours professionnel.
Cette démarche vise à faire reconnaître officiellement les savoir-faire acquis par la pratique et l’apprentissage, y compris en dehors des circuits de formation académique classiques. Le ministre d’État, ministre de la Formation professionnelle, Marc Ekila Likombo, a pris part à cette séquence consacrée à la valorisation des compétences professionnelles.
Des projets d’étudiants dans les domaines de l’aménagement et de la construction ont également été présentés et distingués, mettant en avant la contribution de la jeune génération aux solutions attendues dans le secteur.
Un prix a par ailleurs été remis à Judith Suminwa, en reconnaissance de son statut de première femme à occuper le poste de Première ministre en République démocratique du Congo.
La cérémonie s’est achevée par une visite des stands, au cours de laquelle la cheffe du gouvernement a échangé avec les exposants et découvert les solutions présentées.
Ouverte le 7 octobre 2026 par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la 12e édition d’ExpoBéton RDC s’est ainsi achevée sur une exigence centrale : transformer les recommandations en actions concrètes pour répondre aux défis de l’urbanisation et faire de Kinshasa un moteur du développement des villes congolaises.