Par Prosper Buhuru
La participation de la République démocratique du Congo à la 56ᵉ édition du Forum économique mondial de Davos marque un tournant majeur dans la posture diplomatique et économique du pays. Sous la conduite du Président Félix-Antoine Tshisekedi, Kinshasa a affiché une ambition renouvelée, rompant avec une diplomatie fondée sur la sollicitation pour s’inscrire dans une logique d’influence, de partenariat stratégique et de co-industrialisation.
Réunissant près de 3 000 participants issus de 130 pays, dont environ 65 chefs d’État et de Gouvernement et plus de 850 dirigeants des plus grandes entreprises mondiales, Davos 2026 a offert à la RDC une tribune de premier plan pour repositionner son image sur l’échiquier économique mondial. Le pays s’est présenté non plus comme un simple réservoir de ressources, mais comme un acteur central de la nouvelle économie, porteur de solutions face aux défis globaux.
Au cœur de cette démarche, le chef de l’État a défendu une vision axée sur la souveraineté économique et la transformation structurelle. Intervenant lors du panel « Defining the Sovereign Future », aux côtés de plusieurs dirigeants africains, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de rompre avec la gestion opportuniste pour adopter une planification stratégique rigoureuse, fondée sur des cycles clairs et mesurables. Cette approche s’est traduite par la promotion de partenariats industriels, notamment dans le domaine de l’innovation scientifique et énergétique, en lieu et place de l’aide humanitaire traditionnelle.
Sur le plan sectoriel, la délégation congolaise a mis en avant plusieurs leviers de croissance. Le commerce extérieur a été présenté comme un outil de modernisation, à travers la dématérialisation des procédures, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine et l’installation à Kinshasa du bureau du Système panafricain de paiement. Le corridor de Lobito a également été défendu comme un axe logistique stratégique reliant les zones minières congolaises aux marchés internationaux.
Dans le secteur minier, la RDC a plaidé pour une co-industrialisation régionale, visant à mieux contrôler les chaînes de valeur des minerais stratégiques tels que le cobalt, le lithium et le nickel. L’objectif affiché est d’accélérer la transformation locale et de positionner le pays comme un acteur clé de l’industrie des batteries électriques, plutôt que comme un simple exportateur de matières premières.
La recherche scientifique et l’innovation ont complété ce tableau, avec un accent mis sur l’intelligence artificielle, l’incubation des talents locaux et la standardisation des produits congolais afin de répondre aux exigences des marchés internationaux. Pour les autorités, l’investissement dans le capital humain constitue une condition indispensable à toute ambition de développement durable.
Les échanges avec les partenaires européens et les pays émergents ont, par ailleurs, mis en lumière une convergence sur la nécessité de repenser la coopération internationale. La RDC a défendu une approche fondée sur la solidarité d’intérêts, notamment autour de la valorisation du crédit carbone et de la transition vers une économie à forte valeur technologique.
À Davos, Kinshasa n’a pas cherché des promesses, mais a présenté une feuille de route. En se positionnant comme un « pays-solution », la RDC entend désormais peser dans les débats globaux et faire reconnaître la valeur stratégique de ses choix économiques. Pour les autorités congolaises, cette participation symbolise une rupture doctrinale assumée, censée redéfinir la place du pays, et plus largement de l’Afrique, dans l’économie mondiale du XXIᵉ siècle.