Par Gloire Balolage
La RDC -République démocratique du Congo-, riche en ressources naturelles, est plus que jamais au cœur des intérêts géostratégiques des États-Unis d'Amérique. Dans un contexte de transition énergétique mondiale et de rivalité industrielle, les minerais stratégiques que recèlent le sous-sol congolais, notamment le cobalt, le cuivre et le lithium attirent l’attention renouvelée de Washington.
C’est dans un entretien réalisé par nos confrères de RFI, que l’ambassadrice des États-Unis en RDC, Lucy Tamlyn, a évoqué cette orientation stratégique. «Il y a plusieurs minerais importants pour les économies industrialisées», a-t-elle déclaré. Parmi eux, le cobalt essentiel pour les batteries des véhicules électriques, ainsi que le cuivre et le lithium, composants clés de nombreuses technologies vertes.
En avril dernier, lors de la visite, à Kinshasa, de l’homme d’affaires américano-libanais Massad Boulos, le Président Félix Tshisekedi avait évoqué un nouvel accord minier entre la RDC et les États-Unis. Mais, loin d’un document unique, l’ambassadrice précise qu’il s’agit plutôt d’une série d’accords visant à améliorer le climat des affaires et à lever les obstacles rencontrés par les entreprises américaines.
«Même s’il y a une ouverture claire pour les sociétés occidentales, l’expérience ici montre qu’il y avait des obstacles pour l’investissement», confie Lucy Tamlyn. L’objectif est donc de créer les conditions d’un environnement propice à l’arrivée d’acteurs américains dans un secteur dominé, jusqu’ici, par la Chine et d'autres puissances émergentes.
Parmi les infrastructures stratégiques sur lesquelles les États-Unis misent : le corridor de Lobito, une voie ferroviaire reliant les régions minières de Kolwezi à la façade maritime de l’Angola. Ce projet, en partie soutenu par l’Union européenne, est vu par Washington comme un levier de transformation économique et une alternative concrète pour exporter les minerais congolais.
«Nous sommes en pleine discussion avec le gouvernement congolais, pour connaître leurs intentions. Il s'agit de trouver une forme de concession qui va être attirante pour le secteur privé», a précisé l’ambassadrice. À ce stade, les États-Unis envisagent surtout la réhabilitation de l’infrastructure existante, plutôt que la construction d’un nouveau tronçon.
Ce repositionnement américain ne se limite pas aux ressources naturelles. Il s’accompagne d’une diplomatie proactive, comme en témoigne l’accord de paix signé le 27 juin dernier, à Washington, entre la RDC et le Rwanda. Selon Lucy Tamlyn, cet accord comporte aussi des composantes économiques régionales, en plus de ses volets sécuritaires.
Parmi les projets incitatifs liés à cet accord figure un projet hydroélectrique de 760 millions de dollars, impliquant la RDC, le Rwanda et le Burundi. L’existence de cette infrastructure régionale, encore à l’état de promesse, montre bien que la stabilité politique est vue par Washington comme une condition indispensable à l’investissement.
À l'heure où les grandes puissances rivalisent pour sécuriser leur approvisionnement en minerais critiques, la RDC s’impose comme une pièce centrale du jeu mondial. Et les États-Unis, par une stratégie mêlant diplomatie, incitations économiques et présence renforcée du secteur privé, entendent bien y jouer un rôle de premier plan.