Par Edmond Izuba, envoyé spécial
Au Kasaï Central, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti présidentiel, se prépare à accueillir le président de la République à Kananga, ce vendredi 31 décembre 2021. Cette attente s’organise dans la confusion la plus totale. Le parti étant divisé depuis les dernières nominations contestées à la tête de l'interfédéral par le président ai Jean-Marc Kabund, l’UDPS se retrouve aujourd’hui avec deux sièges sur la même ville. L’un tenu par le Professeur Tulume, l’autre par Gabriel Ilunga, bénéficiaire des nominations de Kabund.
Si les autorités de Kananga ont eu à les départager sans succès, ce n’est pas pour autant que le parti présidentiel a réussi à taire les guerres internes qui les poussent à de fois à des bagarres spectaculaires à certaines occasions.
« Nous assistons à des scènes désolantes du parti présidentiel. Les pro et les anti Kabund se livrent souvent à des bagarres, parfois sous l’œil impuissant des éléments de la police», déclare un habitant de Kananga.
A la question de savoir quelle branche du parti va recevoir le chef de l’Etat à l’aéroport ? Une peur bleu s’installe dans le chef de la population au risque de voir ses deux branches s’en découdre avec les mains ce vendredi quand le chef de l’Etat foulera ses pieds dans la province qu’il l'a élu avec 98% de voix exprimées.
Ces deux ailes qui se regardent en chiens défaillance se sont tracées des zones à ne pas franchir. Aucune banderole de Jean Marc Kabund ne peut être accrochée dans les périmètres du siège.
L’entretien…
Devant le siège officiellement reconnu, nous avons rencontré le président de la Ligue des jeunes de l'UDPS/ Kananga, Daniel Oleko Kenemu. Cette aile du parti conteste vivement l'intérim de Jean-Marc Kabund. Il soutient avec force qu'aucune disposition des statuts de l'UDPS ne prévoit cette fonction et considère sans effets tous les actes posés par Kabund en tant que président du parti. Toutefois, il rassure qu'à Kananga, les jeunes de l'UDPS attendent recevoir le Chef de l'Etat à bras ouverts et lui soumettre leur mémo l'invitant à remplacer les autorités provinciales FCC qui dirigent le Kasaï Central, par celles issues des rangs de l'UDPS. Daniel Oleko Kenemu a évoqué tout cela à la faveur d'une interview accordée à opinion-info.cd et que nous vous proposons de lire.
Daniel Oleko Kenemu, président de la Ligue des jeunes UDPS/ Kananga
Qu'attendez-vous de l'arrivée du Président de la République à Kananga ?
Lorsque l'on a annoncé l'arrivée, pour la toute première fois, de Félix Tshisekedi à Kananga en sa qualité de Chef de l'Etat, nous avons ressenti une joie immense. Trois ans après son arrivée au pouvoir, la population, avec la misère, la souffrance, les calamités qui nous ont atteint, avait tellement besoin de lui. Nous l'attendons à bras ouverts. Nous lui souhaitons déjà la bienvenue sur la terre de ses ancêtres. Nous sommes contents pour lui.
Quels sont les problèmes que l'UDPS, comme parti présidentiel, a recensé dans la province ?
Les problèmes sont multiples dans le Kasaï Central. C'est une province qui a voté massivement pour le Président Félix Tshisekedi aux élections de 2018, plus que toutes les autres provinces. Suite à cela, nous allons lui demander de résoudre nos problèmes. En 37 ans de lutte, nous avons promis à cette population misérable que quand nous serons au pouvoir, nous allons changer le manger de notre province. Mais voici trois ans que notre parti a accédé au pouvoir, rien n'est fait.
D'autres provinces qui ont profité du projet des "100 jours", connaissent quelques avancées. Chez nous, il n'y a rien. Nous avons appris que 32 millions ont été confiés à John Ntumba pour réaliser des travaux chez nous dans le cadre du projet des 100 jours. Mais, rien n'a été fait chez nous. Pourtant, on s'attendait à l'asphaltage de la route Kalambambuji et d'autres artères de la ville.
Il y a aussi le projet "Tshilejelu". Ça fait près d'une année que le projet a été lancé par Marcelin Bilomba. Il y a une lenteur dans l'exécution des travaux. C'est comme s'il n'y a pas de bonne volonté dans le chef des personnes à qui l'on a confié l'exécution du projet.
Suite à cela, nous, UDPS, nous avons vu que le Chef de l'Etat a encore un combat très grave, parce que les institutions de cette province sont dirigées par les cadres du FCC. Les gens qui sont remplis de mauvaise volonté politique. Qu'il s'agisse des Administrateurs des territoires, des bourgmestres... Ils sont tous du FCC. Et cela nous pousse à nous demander: quel jour, nous de l'UDPS, pouvons-nous gérer cette province pour parvenir à accomplir les promesses faites à la population ?
Nous, au niveau de la Ligue des jeunes, nous nous sommes préparés avec notre mémo. Lors du passage du Président à Kananga, nous allons demander une audience pour lui soumettre tous ces problèmes.
Il y a deux fédérations UDPS à Kananga. Ce qui témoigne de sa division. Vous attendez-vous à ce que ce problème soit résolu ?
L'UDPS/ Kananga n'est pas divisée. Les gens qui sont de l'autre côté, ne sont pas de l'UDPS. S'ils étaient de l'UDPS, on pouvait les comprendre. Quelqu'un qui vient comme un parachuté au sein de l'UDPS, qui n'a pas commencé dans nos cellules, ni dans nos sections moins encore dans nos fédérations. Son nom ne figure nullement part. A un moment, nous sommes surpris d'apprendre qu'il est nommé président fédéral. C'était une surprise pour nous.
Or, selon nos statuts, pour être nommé cadre du parti, c'est un mérite qui revient aux gens qui ne se donnent pas hasardeusement. De, un. Et de deux, quand une personne qui nomme n'a pas qualité, c'est impossible. Sans oublier que dans l'UDPS, on ne parle jamais d'un président a.i. Ça n'existe pas. Fouillez dans nos statuts ou dans notre règlement intérieur, vous ne trouverez jamais.
Quand nous avons appris que M. Kabund a eu le courage de nommer de nouveaux comités dans toutes les provinces, ça nous a dépassé. Car, depuis le congrès de mars 2018, au cours duquel nous avons élu Félix Tshisekedi comme président du parti, il n'y a eu aucun autre congrès.
Pour nommer de nouveaux comités, il eût fallu que se tienne un congrès ordinaire pour élire un nouveau président. C'est celui-ci qui allait s'occuper des nominations des comités directeurs dans toutes les provinces.
Mot de la fin
Quand le Président viendra, nous allons l'accueillir. C'est notre devoir et notre droit en tant que population. C'est aussi une fierté. Nous sommes prêts à l'accueillir.