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Exclusif: Muzito à cœur ouvert sur son avantageuse offre politique (Entretien)

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Adolphe Muzito, Premier ministre honoraire de la RDC
Adolphe Muzito, Premier ministre honoraire de la RDC

Par Edmond IZUBA et Laurent OMBA

On ne présente plus Adolphe Muzito. Sa personne, autant que la pertinence de ses arguments, ont une telle forte aura qu’elles lui procurent une bonne renommée qui a toujours valu mieux qu’une ceinture dorée. Et, c’est avec fierté qu’il a accordé, en fin de journée de ce jeudi 21 avril 2022, un entretien exclusif à opinion-info.cd dans son bunker basé à Kinshasa. Pendant près d’une heure, en tenue décontractée mais toujours aussi lucide, cet économiste chevronné, dont le passage à la tête du gouvernement entre 2008 et 2011, a permis à la RDC de voir son budget être quadruplé, Adolphe Muzito, fils politique d’Antoine Gizenga, dit avoir appris des erreurs de son père et de ses aînés pour proposer une offre politique à même d’amorcer le décollage du pays de Lumumba. Sa vision: faire de la RDC un Etat fort.

A scruter ses propos, la matérialisation de cette vision procède impérativement de la création d’un vrai parti politique. D’où cette question fondamentale qui taraude son esprit depuis des années : «Comment parvenir à la création d’un vrai parti politique ?» Se refusant toute prétention, Muzito «ne dis pas que je vais réussir». Mais, il veut s’offrir le mérite d’avoir posé «le diagnostic de ma société sans dénigrer ceux qui sont-là».

Sa conviction: «nous pouvons faire mieux en nous inspirant de l’histoire du pays». Il la récite tel un crédo, faisant de la «refondation de l’Etat» son cheval de bataille. «L’Etat que nous avons créée n’en est pas un», soutient-il, avant de signifier que le parti qu’il entend créer va «répondre à une dizaine ou quinzaine de questions». «Au regard de ce que j’ai vécu, mon parti doit savoir où nous sommes et où nous allons? Dans le domaine politique, quels sont les problèmes liés aux partis politiques, aux alliances et leurs contradictions ? Est-ce que le régime politique actuel lui-même n’a pas de faiblesse au point qu’on peut se dire de changer de régime? Quel modèle économique privilégié?», énumère-t-il à titre exemplatif.

En décortiquant sa posture pendant l’entretien, Muzito a une idée claire de sa destination finale et de la démarche qui y mène. Il l’énonce d’ailleurs avec aisance. «Je commence par la presse qui est un corps social particulier et transversal. Vous avez une idée de ce qui se passe dans divers domaines. En étant avec vous, je sens que vous allez me donner quelque chose concernant chaque secteur. Après, je dois aller moi-même vers ces secteurs en me faisant accompagner de la presse, qui est aussi un instrument de communication. A partir de là, je vais faire un parti qui répond à une dizaine ou quinzaine de questions», dit-il. Et de souligner: «Toutes ces questions vont nous permettre d’avoir un programme».

Acteur majeur de la scène politique congolaise, l’allié de taille de Fayulu dans Lamuka inscrit son «offre politique dans une durée de 6 à 12 mois, tenant compte de la conjoncture politique avec les élections». 

Outre l’offre politique, Muzito entend concocter, dans les prochains jours, un projet de société. «Au-delà de l’offre politique qui est un ensemble de mesures et d’actions à mener, il y a le projet de société. Je voudrais faire le projet de société en aval. En amont, je vais prendre les Congolais. Quelles sont les valeurs qu’ils portent ? Quel est le clivage ? Je ne peux pas faire un projet de société sur base des valeurs occidentales qui sous-tendent la Gauche et la Droite», explique-t-il. Puis: «Je vais identifier des valeurs sociales et spirituelles qui nous caractérisent à l’état actuel et projeter l’avenir sur base desdites valeurs. Le projet de société sera la synthèse de l’offre politique». 

Motivations profondes de Muzito 

L’idée d’une nouvelle offre politique ne lui est pas tombée telle la manne. Elle est fruit d’une construction réflexive et successive à une observation minutieuse de la scène politique congolaise dans l’histoire. La conclusion de son observation est tranchante: «Il n’y a pas de vrais appareils politiques». Il ne s’explique pas que l’UDPS puisse conduire la majorité alors que le parti représente, avec ses 32 députés nationaux, moins de 6% de sièges à l’Assemblée nationale. Pareil pour le PPRD lors de deux premières législatures de la 3ème République. 

«En 2006, le PPRD n’avait que 20%. Un petit parti politique qui conduit d’autres partis politiques», rappelle-t-il, tout en décrivant qu’il s’agit ainsi d’«un pays des aveugles conduit par des borgnes. Les borgnes sont les partis politiques et les aveugles nous tous comme citoyens. Il y en a qui préfèrent rester borgnes pour vu que les autres soient aveugles». 

Et d’ajouter: «le Président s’en fout. Le plus important est d’être le Chef de la Majorité même si son parti ne pèse pas grand-chose. Il n’a pas besoin d’un pays fort. Il veut être lui fort, du fait que les autres sont faibles. Il tire sa force dans la faiblesse du grand nombre. C’est ça les borgnes. C’est une dialectique mortifère pour une nation. C’est comme vous vouliez tirer un camion 20 tonnes par un ketch. Impossible». Clairement, de l’avis de Muzito, il y a un «problème de vision, d’unité de commandement, de leadership». D’où, ses motivations profondes de passer à une autre offre politique, plus avantageuse pour le pays.

Vendredi 22 avril 2022 - 15:59