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Décennie du découpage de la Grande Orientale : un grand fossé entre l'objectif principal de stimuler le développement local et les réalités du terrain

lun 14/07/2025 - 08:59
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Photo d'illustration ancienne Province orientale découpée
Photo d'illustration ancienne Province orientale découpée

Par Denise Kyalwahi

Le média dépêchedelatsopo.com a réalisé, en ce mois de juillet 2025, un sondage à l’occasion des dix ans d’un moment charnière dans l’histoire politico-administrative de la RDC -République -émocratique du Congo- : le démembrement de l’ancienne Province Orientale, scindée en quatre nouvelles entités — Tshopo, Ituri, Haut-Uele et Bas-Uele.

Dix ans plus tard, le bilan, loin d’être à la hauteur des ambitions affichées, laisse un goût d’inachevé. Entre la promesse de rapprocher les décideurs des populations et la réalité sur le terrain, le fossé reste béant.

C’est le 11 juillet 2015 que tout bascule : l’Assemblée provinciale de la Province Orientale, réunie sous la conduite du président Philippe Masikini Kamango, valide le rapport de la commission ad hoc venue de Kinshasa. Cette adoption met fin à l’ancienne entité et acte la naissance des quatre provinces. Suivent alors l’installation des bureaux provisoires à Kisangani, Bunia, Isiro et Buta, la nomination des commissaires spéciaux, puis les élections de mars 2016, qui porteront à la tête des exécutifs provinciaux Jean Ilongo Tokole (Tshopo), Armand Kasumbu Mbaya Borrey (Bas-Uele), Jean-Pierre Lola Kisanga (Haut-Uele) et Jefferson Abdallah Pene Mbaka (Ituri). Pour certains observateurs, cette réforme n’aura été qu’un tremplin pour satisfaire des ambitions politiques, plutôt qu’une réponse aux aspirations des populations.

 Des promesses restées lettres mortes

Une décennie plus tard, les résultats peinent à convaincre. Pour Alphonse Maindo Monga Ngonga, politologue et professeur à l’Université de Kisangani, l’échec est manifeste : «Si l’objectif était de stimuler le développement local grâce à un rapprochement entre gouvernants et gouvernés, force est de constater que nous en sommes encore très loin.»

Pour le professeur Maindo, le processus a manqué de vision et de planification. Le découpage s’apparente davantage à un geste politique qu’à une démarche stratégique, reproduisant un schéma de division hérité de l’époque coloniale, sans évaluation préalable de la viabilité économique, sociale ou culturelle des nouvelles provinces.

 Un coût exorbitant pour peu de résultats

Le constat est sévère : «On a multiplié par quatre les charges publiques, pour des provinces déjà fragiles : quatre gouverneurs, quatre gouvernements, quatre assemblées provinciales, autant de vice-gouverneurs… mais sans amélioration notable des conditions de vie.»

Sur le terrain, les infrastructures routières tombent en ruine, rendant certaines zones quasi inaccessibles. Les écoles se détériorent, la qualité de l’éducation se dégrade, les hôpitaux manquent de tout, et la pauvreté gagne du terrain. À cela s’ajoutent un chômage endémique des jeunes, l’insécurité grandissante et une économie largement informelle.

 Un bilan encore bien maigre

Dix ans, c’est à la fois long et court pour juger une réforme de cette envergure. Pourtant, les indicateurs actuels n’invitent guère à l’optimisme.

«On aurait pu faire mieux», admet le professeur Maindo. «Regardez la Chine : en trois décennies, elle est passée du statut de pays en développement à celui de deuxième puissance mondiale. Tout dépend du leadership, de la vision et de la volonté politique.»

 Un avenir encore à construire

À l’aube de leur deuxième décennie, ces provinces ont une certitude : la décentralisation n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Et comme tout outil, son efficacité dépend de ceux qui l’utilisent.

Sans réforme en profondeur des institutions provinciales, sans un transfert réel des compétences et des ressources, sans gouvernance responsable et lutte ferme contre la corruption, les promesses du 11 juillet 2015 risquent de rester un vœu pieux.

Dix ans après, la décentralisation congolaise ressemble davantage à une illusion qu’à un moteur de développement. Pourtant, les habitants de la Tshopo, de l’Ituri, du Haut-Uele et du Bas-Uele espèrent toujours.

Lundi 14 juillet 2025 - 08:59