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RDC : face au risque de pénurie dans la Tshopo, l'Assemblée provinciale demande au Président de la République de suspendre l'interdiction des baleinières en bois

ven 06/11/2026 - 17:27
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Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga Londimo
Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga Londimo

Par Gloire Balolage

À quelques jours de l'entrée en vigueur de l'interdiction de navigation des baleinières en bois sur les eaux congolaises, la contestation prend une nouvelle dimension dans la province de la Tshopo. Le président de l'Assemblée provinciale, Mateus Kanga Londimo, sollicite désormais l'intervention personnelle du chef de l'État, Félix Tshisekedi, afin d'obtenir la suspension de cette mesure dans sa province.

Dans une correspondance datée de ce 6 novembre 2026, adressée au président de la République, cet élu provincial demande un réaménagement du calendrier d'application de la décision gouvernementale. Il soutient le principe de l'interdiction du transport des personnes à bord des baleinières en bois, mais s'oppose à l'arrêt immédiat du transport des marchandises. Il plaide ainsi pour une période transitoire d'au moins douze mois, le temps de permettre aux opérateurs économiques de trouver des embarcations adaptées.

Cette démarche intervient après la décision annoncée le 6 octobre dernier par le vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo. Celle-ci prévoit l'interdiction de la navigation des baleinières en bois sur le fleuve Congo, ses affluents, les cours d'eau et les lacs à partir du 15 novembre 2026. Le gouvernement justifie cette mesure par la multiplication des naufrages, les pertes en vies humaines et le non-respect récurrent des règles de sécurité fluviale.

Le 7 octobre, lors d'une rencontre avec les représentants des armateurs et de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), Jean-Pierre Bemba avait réaffirmé sa détermination à faire appliquer cette décision, excluant explicitement toute possibilité de moratoire. Le gouvernement avait néanmoins évoqué des mécanismes d'accompagnement, notamment l'acquisition d'une centaine de péniches et le déploiement des unités flottantes de l'Office national des transports (ONATRA), afin de garantir la continuité du transport des personnes et des marchandises.

Mais pour Mateus Kanga Londimo, les réalités géographiques et économiques de la Tshopo nécessitent une approche particulière. Traversée par le fleuve Congo et plusieurs cours d'eau, cette province dépend fortement du transport fluvial pour assurer les échanges commerciaux et l'approvisionnement de nombreuses localités. Les territoires d'Isangi, d'Opala, de Basoko, de Yahuma et d'Ubundu figurent notamment parmi les zones dont la desserte repose largement sur ces voies navigables.

Les inquiétudes du président de l'Assemblée provinciale ne sont pas sans fondement. Le 19 octobre, l'Agence congolaise de presse (ACP), citant le commissaire fluvial provincial, rapportait qu'environ sept baleinières métalliques répondant aux critères de navigation étaient opérationnelles à Kisangani. Cette disponibilité limitée soulève des interrogations sur la capacité réelle du secteur à remplacer rapidement les nombreuses embarcations en bois utilisées pour le transport des marchandises.

Dans son plaidoyer, l'élu provincial redoute qu'une application immédiate et sans alternative suffisante de cette interdiction ne perturbe les circuits d'approvisionnement, provoque des pénuries alimentaires et entraîne une augmentation des prix des produits de première nécessité. Une telle situation pourrait particulièrement affecter les populations des territoires éloignés, dont les échanges commerciaux dépendent fortement du réseau fluvial.

Au-delà de la confrontation entre les exigences de sécurité et les impératifs économiques, la nouvelle démarche de Mateus Kanga Londimo place désormais Félix Tshisekedi devant un enjeu d'arbitrage. Il s'agit de concilier la protection des vies humaines sur les voies navigables avec la nécessité de préserver la circulation des marchandises dans les provinces enclavées.

Vendredi 6 novembre 2026 - 17:27