Par Patrick Kitoko
En République Démocratique du Congo, un débat encore informel mais déjà sensible commence à s’installer : celui d’un éventuel report des élections prévues en 2028. Si aucune initiative officielle n’a été annoncée, des discussions discrètes émergent dans certains cercles politiques, alimentant les spéculations. Face à ces signaux qui inquiètent la société civile, Jean-Claude Katende, président de l'Asadho -Association africaine des droits de l’homme- a tenu à lancer une mise en garde ferme.
Pour ce défenseur des droits humains, la possibilité d’un glissement électoral n’est plus un simple bruit de fond. Elle se manifesterait à travers des prises de position ambiguës, des consultations menées dans la discrétion et des déclarations publiques laissant entendre qu’une révision du calendrier électoral serait envisagée.
“ Aucun individu ou parti politique n’a le pouvoir de renvoyer les élections de 2028. Cette décision appartient exclusivement au peuple congolais ”, affirme-t-il, estimant que tout débat sur un éventuel report constituerait une dérive institutionnelle dangereuse.
Interrogé sur les organes habilités à se prononcer sur une question aussi fondamentale, Jean-Claude Katende se veut catégorique: «le Parlement actuel n’en a pas la légitimité». Selon lui, une grande partie des députés auraient été élus à l’issue d’un processus marqué par des irrégularités majeures.
“ La majorité de députés y sont arrivés par fraude ou tricherie ”, accuse-t-il, soulignant qu’un tel déficit de crédibilité empêche l’Assemblée nationale d’aborder sereinement des enjeux aussi essentiels que la tenue ou non du scrutin de 2028.
Ces critiques rejoignent celles formulées par de multiples observateurs électoraux au lendemain des derniers scrutins, lesquels avaient relevé des incohérences dans la compilation des résultats. Si ces anomalies n’ont pas donné lieu à des sanctions systématiques, elles continuent de nourrir les doutes sur la capacité du Parlement à mener un débat transparent sur le calendrier électoral.
Selon plusieurs sources politiques, des échanges exploratoires auraient déjà eu lieu ces dernières semaines concernant la faisabilité technique de l’organisation des élections en 2028. Parmi les participants figureraient des conseillers politiques et des représentants institutionnels. Aucun projet concret n’a émergé, mais l’agitation suffit à éveiller la méfiance de la société civile.
Pour Katende, ces signaux justifient une vigilance accrue. Il appelle à un débat transparent, ouvert au public, loin des arrangements politiques menés en coulisses. À ses yeux, tout report non approuvé par la population constituerait une rupture de confiance susceptible d’alimenter tensions et instabilité.
Même si le cycle préélectoral semble encore lointain, la sortie de Jean-Claude Katende place déjà les autorités devant leurs responsabilités. Dans un pays marqué par plusieurs épisodes de glissement électoral, la question du respect des délais constitutionnels demeure particulièrement sensible et pourrait rapidement devenir centrale dans le débat politique.
Alors que la société civile, les partenaires internationaux et une population congolaise de plus en plus attentive au respect des échéances démocratiques se tiennent en alerte, toute tentative de repousser les élections de 2028 sera observée avec la plus grande vigilance.