RDC: Dialogue national “inclusif”, vraie sortie de crise ou nouvelle illusion ?

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Les leaders religieux du Congo après entretien avec le chef de l’Etat
Les leaders religieux du Congo après entretien avec le chef de l’Etat

Par Prosper Buhuru, Édito

L’annonce d’un dialogue national inclusif par Félix Tshisekedi relance le débat politique en RDC. Mais après plusieurs processus restés sans suite, l’initiative suscite autant d’espoir que de prudence sur sa capacité à produire des résultats.

Après des années de guerre dans l’Est, de médiations régionales et de processus diplomatiques aux résultats limités, cette initiative est présentée comme un moyen de resserrer "le front intérieur" face à l’agression rwandaise et de renforcer l’unité nationale. Au-delà de l’espoir qu’elle suscite, elle place surtout le pouvoir devant l’épreuve de la crédibilité.

Sur le principe, peu contestent la nécessité d’un cadre de concertation entre Congolais. L’histoire du pays depuis l’indépendance montre que les crises les plus profondes ont presque toujours trouvé un début de solution autour d’une table. Le dialogue n’est donc pas un problème en soi.

Mais l’annonce ne suffira pas. La première question est celle de la finalité. S’agit-il de rechercher une paix durable ? De consolider la cohésion face à la menace extérieure ? De réconcilier la classe politique ? De préparer des réformes institutionnelles ? Ou simplement d’apaiser le climat jusqu’à la fin du second mandat en décembre 2028 ?

L’expérience congolaise commande la prudence. Le pays a connu des dialogues qui ont évité le pire et d’autres qui ont laissé un sentiment d’inachevé.

Se pose ensuite la question de l’inclusivité. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a fixé un préalable: seuls pourront participer "les Congolais capables de condamner clairement l’agression rwandaise". Position compréhensible au nom de la défense de la souveraineté. Mais si l’objectif est le retour de la paix dans l’Est, un processus strictement interne suffira-t-il à traiter un conflit aux ramifications nationales, régionales et militaires ?

Il ne s’agit pas d’accorder une légitimité aux groupes armés. Il s’agit de juger un processus de paix à l’aune de ses résultats.

Car pendant que la classe politique débat, les populations continuent de payer le prix fort. Depuis la reprise des hostilités fin 2021, des millions de déplacés vivent dans l’incertitude. Dans l’Est, ce sont les écoles fermées, les banques inaccessibles, l’économie paralysée et la dégradation constante des conditions de vie.

Ces Congolais ne réclament pas un dialogue pour le dialogue. Ils réclament la paix, le retour de l’État, la sécurité et la possibilité de reconstruire.

Le président Tshisekedi entre dans la dernière ligne droite de son second mandat. Son héritage politique se jouera dans les trois prochaines années. Un impératif s’impose donc: lever toute ambiguïté. L’ordonnance présidentielle annoncée devra préciser l’agenda, les participants, la méthodologie, le calendrier et les mécanismes de suivi des conclusions. Sans ces garanties, le dialogue risque de devenir un nouveau cycle d’attentes puis de frustrations.

Reste enfin la question de la perception. Pour une partie de l’opinion, cette initiative serait un instrument de diversion ou une stratégie pour gagner du temps. Pour d’autres, elle vise à consolider l’unité nationale face à une menace existentielle. Seuls les faits permettront de trancher.

En politique comme en histoire, ce ne sont pas les intentions proclamées qui comptent, mais les effets concrets. Si ce dialogue débouche sur un front intérieur plus solide, une amélioration tangible de la sécurité, une restauration progressive de l’autorité de l’État et un soulagement réel des populations, il trouvera sa pleine justification.

Dans le cas contraire, il ne fera que rejoindre la longue liste des occasions manquées de l’histoire politique congolaise.

Aujourd’hui, les Congolais n’attendent pas un nouveau rendez-vous. Ils attendent un tournant. Le dialogue ne sera jugé ni à son intitulé, ni à la qualité de ses discours, mais à une seule mesure: sa capacité à rapprocher la RDC de la paix, de la stabilité et de la dignité auxquelles son peuple aspire depuis trop longtemps.

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Samedi 18 juillet 2026 - 10:22