Par Denise Kyalwahi
La Chine s'est imposée au cours des deux dernières décennies comme l'un des principaux partenaires de développement en Afrique. Si ses financements ont largement contribué à la construction de routes, de chemins de fer, de barrages et d'autres infrastructures, une récente étude révèle que ses investissements dans l'agriculture restent concentrés sur la production, avec une attention limitée aux infrastructures de transformation et de stockage des denrées alimentaires.
Cette analyse, réalisée par le spécialiste des systèmes alimentaires Adrino Mazenda, s'appuie sur les prêts accordés par les institutions chinoises aux pays africains entre 2000 et 2024. L'étude montre que, durant cette période, la Chine a financé 41 projets agricoles pour un montant total d'environ 2,26 milliards de dollars américains.
Les financements ont principalement soutenu les programmes agricoles, les systèmes d'irrigation, la mécanisation, les technologies agricoles, les infrastructures rurales et le secteur de la pêche. Les pays d'Afrique australe, notamment l'Angola, la Zambie, le Zimbabwe et le Mozambique, figurent parmi les principaux bénéficiaires, suivis de plusieurs États d'Afrique de l'Est et de l'Ouest, ainsi que de l'Égypte.
Selon les résultats de l'étude, près de 36 % des prêts agricoles ont été consacrés aux programmes de développement agricole, tandis que 29 % ont bénéficié au secteur de la pêche. En revanche, les infrastructures de stockage et de chaîne du froid n'ont reçu que 3 % des financements, alors que les unités de transformation agroalimentaire ont représenté moins de 2 % des prêts accordés.
Pour le chercheur, ce déséquilibre constitue un frein majeur au développement du secteur agricole africain. Si les investissements dans l'irrigation et les infrastructures rurales améliorent les capacités de production, l'absence d'infrastructures de stockage, de transformation, de transport et de commercialisation limite la création de valeur ajoutée et accroît les pertes après récolte.
L'étude souligne également que les décisions de financement des institutions chinoises reposent principalement sur la faisabilité des projets et la capacité des bénéficiaires à les exécuter, plutôt que sur une stratégie globale de transformation des systèmes agricoles africains.
Cette approche intervient alors que de nombreux pays du continent cherchent à moderniser leur agriculture pour répondre aux défis de la croissance démographique, du changement climatique et de l'insécurité alimentaire. Or, ces ambitions nécessitent des investissements couvrant toute la chaîne de valeur agricole, depuis la production jusqu'à la transformation et l'accès aux marchés.
Le chercheur estime ainsi que les partenaires de développement pourraient renforcer l'impact de leurs financements en soutenant des projets intégrés associant production, infrastructures post-récolte, transformation agroalimentaire, stockage, transport et commercialisation. Une telle approche permettrait non seulement de réduire les pertes alimentaires, mais aussi de créer davantage d'emplois, de stimuler les économies locales et de renforcer la résilience des systèmes alimentaires africains.
Alors que les besoins du continent en matière de sécurité alimentaire continuent de croître, l'étude invite les bailleurs de fonds à privilégier des investissements capables de générer des bénéfices durables bien au-delà de la phase de financement des projets.