Par Patrick Kitoko
Dans un contexte sécuritaire marqué par des décennies de violences armées, la question du dialogue avec les groupes armés continue de diviser l’opinion en République démocratique du Congo. Pour de nombreux acteurs de la société civile, dialoguer avec des criminels de guerre ne saurait constituer une solution durable à un conflit qui, selon eux, relève avant tout d’une agression internationale persistante.
La RDC, rappellent-ils, est régie par sa Constitution et les lois de la République. Les institutions régaliennes fonctionnent, et il n’existe pas de vide du pouvoir au sommet de l’État qui justifierait des négociations avec des acteurs responsables de crimes graves.
“ On ne construit pas la paix sur des fosses communes ”, martèle Fernandez Murhola, estimant qu’une paix durable ne peut naître de l’impunité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Selon ce défenseur de droits de l'homme, la paix véritable exige la reconnaissance des souffrances passées, la justice pour les victimes et des garanties contre la répétition de la violence. Enterrer les crimes sans les juger reviendrait à en préparer la résurgence.
Dans cette perspective, plusieurs défenseurs des droits humains disent soutenir la position du Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege. Ils estiment que le dialogue intercongolais, tel qu’envisagé aujourd’hui, ne répond pas à la nature du conflit armé international auquel la RDC serait confrontée depuis près de trente ans.
Le schéma proposé par Fernandez Murhola repose sur quatre principes majeurs : d’abord, la nécessité de gagner la guerre et de restaurer l’intégrité territoriale ainsi que la souveraineté nationale ; ensuite, l’ouverture d’un dialogue strictement entre Congolais, à l’abri de toute influence extérieure, une fois l’agression vaincue ; enfin, l’exigence de justice pour tous ceux qui se sont rendus coupables de crimes contre les populations civiles.
Pour cet acteur, la table des négociations ne saurait être un refuge pour les criminels.
“ La prison est l’unique place réservée aux criminels ”, affirme-t-il, appelant à la fin de l’impunité et à l’application rigoureuse du droit national et international.
Au cœur de ce plaidoyer, un message clair, sans justice, il ne peut y avoir de paix durable. Et pour la RDC, la paix passe d’abord par la souveraineté retrouvée et la responsabilité pénale de ceux qui ont versé le sang des Congolais.