Par Patrick Kitoko
Alors que la situation sécuritaire demeure préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo, les voix se multiplient pour dénoncer le manque d’implication de l’Union africaine (UA).
Plusieurs experts pointent une forme de passivité de l’organisation continentale face à cette crise persistante. Depuis la réunion de haut niveau tenue à Lomé, au Togo, en janvier dernier, consacrée à la cohérence et à la consolidation des processus de paix engagés à Washington et à Doha, peu de signaux concrets ont été observés. Pourtant, cette rencontre avait suscité de fortes attentes quant à une relance des efforts diplomatiques.
Dans la foulée, des tournées régionales du médiateur et des facilitateurs de l’UA avaient été organisées, tout comme des consultations préparatoires à un dialogue intercongolais, sous l’impulsion du président angolais João Lourenço. Mais depuis, l’Union africaine semble murée dans le silence. Aucun communiqué majeur, aucune avancée notable n’ont été rendus publics concernant ses démarches pour contribuer à la résolution de la crise.
Cette absence de visibilité alimente les doutes sur l’efficacité de du rôle de l'UA dans ce dossier. Face à ce constat, les experts appellent à un sursaut collectif. Ils recommandent un engagement plus ferme de l’ensemble des parties prenantes, au niveau national comme international. Selon eux, seule une coordination renforcée, accompagnée d’un suivi rigoureux des initiatives engagées, permettra de consolider les progrès réalisés jusqu’ici. À défaut, préviennent-ils, les avancées observées resteront fragiles et l’espoir d’un retour durable à la paix dans l’Est de la RDC pourrait une nouvelle fois être compromis.
Accord de Washington : des avancées timides neuf mois après, malgré quelques progrès
Signé le 27 juin 2025 sous médiation américaine, l’accord de paix de Washington entre la RDC et le Rwanda visait à mettre fin aux tensions persistantes dans l’Est congolais. Il prévoyait notamment le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des deux États, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais, ainsi que la neutralisation des groupes armés, en particulier les FDLR. L’accord ambitionnait aussi de renforcer la coopération sécuritaire via un mécanisme conjoint de suivi, tout en favorisant le retour des réfugiés et des déplacés et une intégration économique régionale.
Neuf mois après sa signature, le bilan reste contrasté. Selon un rapport publié en avril par le Baromètre des accords de paix en Afrique, certaines mesures ont été engagées, notamment sur le plan sécuritaire, avec des initiatives visant à désamorcer les tensions et à activer certains engagements sur le terrain.
Ces efforts ont permis une progression du taux d’exécution global, passé à un peu plus de 27 % fin mars, contre environ 23 % quelques semaines plus tôt.
Malgré cette évolution jugée « modérée », les experts restent prudents. Ils soulignent que plusieurs volets essentiels, notamment humanitaires, accusent un retard important et que les mécanismes de suivi peinent encore à produire des preuves tangibles.
En somme, si l’accord de Washington a permis d’enregistrer quelques avancées, celles-ci demeurent insuffisantes pour inverser durablement la dynamique de crise dans l’Est de la RDC.