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RDC : Justicia Asbl met en garde contre une « politisation » des universités autour du débat constitutionnel

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Maitre Timothée Mbuya, président de Justicia ASBL
Maitre Timothée Mbuya, président de Justicia ASBL

Par Denise Kyalwahi

Dans un communiqué signé par Me Timothée Mbuya, président de Justicia Asbl, l’ONG de défense des droits humains a exprimé ses préoccupations face à l’organisation prochaine d’un colloque national scientifique consacré à l’évaluation de la Constitution du 18 février 2006. Dans un communiqué publié le 9 juin à Kinshasa, l’ONG redoute une instrumentalisation des institutions académiques dans un contexte marqué par les débats sur une éventuelle révision de la loi fondamentale.

Cette réaction fait suite à la note circulaire du 5 juin 2026 signée par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, la professeure Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna.

Le document invite les responsables des universités, instituts supérieurs et centres de recherche à participer à un colloque national scientifique dont l’objectif est d’évaluer la Constitution de 2006 et de formuler des recommandations visant à renforcer l’État de droit, la gouvernance démocratique et le développement durable en République démocratique du Congo.

Pour Justicia Asbl, cette initiative intervient dans un climat politique sensible où plusieurs acteurs de la majorité présidentielle ont déjà exprimé leur volonté de modifier la Constitution. L’organisation estime que les pressions politiques observées dans le débat public pourraient compromettre l’indépendance des travaux scientifiques et l’impartialité des conclusions qui en découleraient.

« Dans le contexte actuel, il existe un risque réel que les universités, instituts supérieurs et centres de recherche scientifique soient utilisés à des fins partisanes plutôt qu’au service du savoir et de l’intérêt général », souligne l’organisation dans son communiqué.

Justicia rappelle que la législation congolaise garantit la liberté de la recherche scientifique. Elle cite notamment la loi-cadre sur l’enseignement national qui reconnaît la recherche comme un moteur du développement et affirme son caractère libre.

L’organisation insiste également sur les missions du ministère de tutelle, qui consistent notamment à mettre en œuvre les politiques publiques en matière d’enseignement supérieur, de gouvernance et de développement scientifique. Selon elle, les ressources de l’État devraient davantage être orientées vers la recherche de solutions durables aux défis majeurs auxquels le pays est confronté, notamment la corruption, les détournements de fonds publics, l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, l’exploitation illégale des ressources naturelles ainsi que les difficultés d’accès à une justice équitable.

Tout en reconnaissant au gouvernement le droit d’associer les milieux académiques aux réflexions sur les grandes questions nationales, Justicia estime que les garanties de neutralité et d’indépendance entourant ce colloque demeurent insuffisantes.

L’organisation appelle ainsi les autorités congolaises à préserver l’autonomie des institutions d’enseignement supérieur et de recherche, afin que celles-ci continuent de contribuer à la promotion des droits humains, de la paix et du développement. Elle exhorte enfin les responsables politiques à privilégier l’intérêt général et à éviter toute politisation des universités et centres de recherche du pays.

Mercredi 10 juin 2026 - 07:16