Par Patrick Kitoko
Le Parti lumumbiste unifié (PALU) appelle l’ancien président Joseph Kabila à abandonner la voie armée et exhorte le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, à accélérer le processus de dialogue national. Dans une déclaration politique rendue publique vendredi 16 octobre 2026, cette formation politique met en garde contre le risque d’une escalade du conflit susceptible de fragiliser davantage l’unité nationale et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo (RDC).
Lue par le secrétaire permanent et porte-parole du parti, Anicet Mifia, à l’issue d’une réunion conjointe du comité exécutif et du bureau politique, la déclaration intervient dans un contexte marqué par la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par Joseph Kabila et associé, selon le PALU, à d’anciens dirigeants de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du mouvement rebelle M23.
Pour le parti fondé par Antoine Gizenga, ce changement de structure et de dénomination ne modifie pas fondamentalement la nature du conflit. Le PALU estime que le FRN s’inscrit dans la continuité de ce qu’il qualifie d’agression étrangère contre la RDC. Il redoute que le maintien de l’option militaire n’entraîne une intensification des combats, de graves violations des droits humains et une aggravation de la crise humanitaire.
Kabila interpellé sur le recours aux armes
Dans sa déclaration, le PALU s’adresse directement à Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans, pour lui demander de renoncer à la lutte armée. Le parti estime que l’ancien chef de l’État ne peut contribuer à la destruction du pays qu’il a dirigé.
« Il ne peut devenir le fossoyeur ou le bourreau de son peuple », soutient en substance la formation politique, qui invoque un adage pour appeler à la retenue : quel que soit le niveau de colère d’un enfant, celui-ci ne peut aller jusqu’à déshabiller son parent
Au-delà de cette interpellation, le PALU alerte sur le risque de voir le conflit opposant la RDC aux acteurs qu’il accuse de soutenir l’agression extérieure se transformer en affrontement généralisé entre Congolais. Une telle évolution pourrait accentuer les divisions internes, provoquer de nouvelles violences et renforcer les menaces de balkanisation du pays.
Fort de ses 62 années d’existence, le parti appelle les nationalistes et les patriotes à se mobiliser contre toute escalade de la violence. Il invite également la population congolaise, les pays africains et la communauté internationale à contribuer à la préservation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale.
Tshisekedi appelé à accélérer le dialogue national
En parallèle de son appel à Joseph Kabila, le PALU exhorte le président Félix-Antoine Tshisekedi à faire usage de ses prérogatives constitutionnelles pour faire avancer le processus de dialogue national. Selon cette formation politique, ces concertations devraient permettre aux différentes parties de rechercher des solutions consensuelles aux crises qui secouent le pays.
Elles devraient notamment déboucher sur des engagements en faveur de la paix, du vivre-ensemble, de l’unité nationale et de la justice distributive.
Le parti privilégie ainsi une démarche politique visant à rapprocher les acteurs congolais et à s’attaquer aux causes des tensions internes, tout en recherchant des réponses à l’agression rwandaise qu’il dénonce.
Cette position place le dialogue national au centre de la stratégie préconisée par le PALU : éviter que les divergences politiques et les conflits armés ne débouchent sur une confrontation généralisée, tout en préservant la souveraineté de l’État congolais.
Doha, Washington et la résolution 2773 au cœur des revendications
Le PALU plaide également pour la mise en œuvre effective des mécanismes diplomatiques existants, notamment les processus de Doha et de Washington, ainsi que de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Selon le parti, l’application de ces dispositifs doit contribuer à réduire les marges de manœuvre des acteurs qu’il qualifie de « marchands de guerre », des réseaux impliqués dans le pillage des ressources naturelles et de ceux qu’il accuse de soutenir la balkanisation de la RDC.
La formation politique sollicite par ailleurs l’Union africaine et les Nations unies afin qu’elles prennent des mesures concrètes, notamment en renforçant les sanctions ciblées contre les soutiens présumés de l’agression contre la RDC et les responsables de graves violations des droits humains. Elle appelle également à une pression diplomatique soutenue des organisations régionales et internationales pour favoriser l’application effective de la résolution 2773.
Le PALU insiste, dans le même temps, sur la nécessité de soutenir une médiation africaine respectueuse de la souveraineté et de l’intégrité territoriale congolaises.
Sur le plan économique, le parti demande la fin des circuits d’exportation illicite de minerais provenant des zones occupées, estimant que ces réseaux contribuent au financement de la guerre.
Mise en garde contre les discours de haine
Le PALU met également en garde les acteurs régionaux et les réseaux de prédation minière qu’il accuse d’attiser les discours discriminatoires et les messages de haine. Selon lui, ces pratiques risquent d’exacerber les divisions entre les communautés et d’alimenter les tensions au sein de la population congolaise.
Le parti estime que les acteurs qui entretiennent la confrontation entre citoyens d’un même pays devront répondre devant l’Histoire des conséquences de leurs actes.
Enfin, la formation politique annonce son intention de mobiliser ses militants sur l’ensemble du territoire national en faveur de l’unité et contre la violence. Elle se dit également disposée à soumettre des propositions concrètes dans le cadre du dialogue national.
À travers cette déclaration, le PALU défend une double démarche : obtenir l’abandon de la voie armée par Joseph Kabila et pousser Félix-Antoine Tshisekedi à accélérer les concertations politiques. Reste à déterminer dans quelle mesure ces appels pourront contribuer à rapprocher les protagonistes et à ouvrir une perspective de sortie durable de crise en RDC.