Par Don Benjamin Makolo
L’expulsion des journalistes de l’UNPC du Centre de presse de Goma suscite une vive inquiétude au sein du paysage médiatique local. De nombreux professionnels des médias et acteurs de la société civile dénoncent une atteinte grave à la liberté de la presse ainsi qu’une remise en cause d’un acquis institutionnel majeur pour l’exercice du journalisme dans la province.
Le Centre de presse de Goma avait été officiellement inauguré le 7 décembre 2015 par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en République démocratique du Congo et chef de la MONUSCO de l’époque, Maman S. Sidikou. Financé par la Division de l’information publique de la Mission onusienne à hauteur de 74 456 dollars américains, ce projet à impact rapide visait à offrir aux journalistes un cadre de travail stable, neutre et durable ; une première du genre en RDC.
Lors de sa remise officielle à l’UNPC Nord-Kivu, les autorités onusiennes avaient précisé que ce centre devait servir de lieu de formation, de recherche, d’échanges professionnels et de promotion de l’éthique journalistique. Les autorités provinciales avaient alors salué une initiative visant à améliorer la qualité de l’information et à renforcer les compétences des professionnels des médias dans la région.
Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Selon plusieurs témoignages concordants, des éléments du mouvement rebelle M23-AFC auraient contraint les journalistes affiliés à l’UNPC à quitter les lieux. Ils auraient également annoncé la mise en place d’une nouvelle structure de gestion du centre, dirigée par des personnes désignées par la rébellion.
Les mêmes sources indiquent que ces injonctions auraient été relayées sous couvert de la RTNC/Goma, média public dont le contrôle serait exercé de facto par ces éléments armés.
Cette expulsion intervient dans un contexte sécuritaire déjà extrêmement tendu à Goma. Plusieurs familles civiles auraient également été sommées d’abandonner leurs habitations, désormais occupées par des membres de la rébellion, accentuant ainsi le climat de peur et d’insécurité au sein de la population.
Pour de nombreux observateurs, l’éviction de l’UNPC d’un espace historiquement dédié à la liberté d’informer ne saurait être réduite à un simple différend administratif ou immobilier. Elle est perçue comme une tentative manifeste de mise sous contrôle de l’expression médiatique locale, compromettant l’indépendance des journalistes et la pluralité des opinions dans une région marquée par des années de conflit armé.
Pensé comme un héritage institutionnel destiné à perdurer au-delà du retrait progressif de la MONUSCO, le Centre de presse de Goma symbolisait un engagement fort en faveur d’une presse professionnelle, libre et autonome. Son retrait forcé des mains de l’UNPC soulève désormais de sérieuses interrogations quant au respect des normes nationales et internationales relatives à la liberté d’expression et à la protection des journalistes dans l’Est de la République démocratique du Congo.