Par Prosper Buhuru
L'Observatoire congolais contre la torture (OCT) a exprimé, ce vendredi 17 juillet 2026, sa vive préoccupation face à ce qu'il présente comme de graves violations des droits humains commises dans le cadre des opérations d'assainissement menées par le Service national dans la ville de Kinshasa.
Dans un communiqué d'alerte, cette organisation spécialisée dans la prévention et la lutte contre la torture affirme avoir documenté, depuis le lancement de ces opérations le 15 juillet, plusieurs allégations faisant état d'un recours excessif à la force. L'OCT évoque notamment des passages à tabac, des violences physiques et psychologiques, des humiliations publiques, des traitements cruels, inhumains ou dégradants ainsi que des arrestations arbitraires visant des commerçants, des vendeurs ambulants, des conducteurs de motos et d'autres citoyens exerçant leurs activités dans les espaces publics.
L'organisation attire également l'attention sur la participation de jeunes issus du programme de réinsertion du Service national, anciennement associés au phénomène « Kuluna ». Si elle reconnaît la légitimité de cette politique de réinsertion, l'OCT estime que leur implication dans des opérations impliquant l'exercice de la contrainte devrait être encadrée par une formation adéquate aux droits humains, une supervision rigoureuse et des mécanismes de contrôle efficaces.
Selon l'organisation, les informations recueillies sur le terrain soulèvent des inquiétudes quant à l'efficacité des dispositifs de supervision mis en place pour prévenir d'éventuels abus. Elle estime qu'une telle situation pourrait compromettre les objectifs de réinsertion poursuivis par l'État et exposer davantage les populations civiles à des violations de leurs droits fondamentaux.
Au regard de la gravité des faits allégués, l'OCT demande l'ouverture d'enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes afin d'établir les responsabilités éventuelles. L'organisation rappelle que l'interdiction de la torture constitue une obligation absolue consacrée par la Constitution de la République démocratique du Congo ainsi que par plusieurs instruments internationaux ratifiés par le pays, notamment la Convention des Nations unies contre la torture.
L'Observatoire appelle les autorités congolaises, en particulier la chaîne de commandement du Service national placée sous l'autorité du lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, à veiller à ce que les opérations d'assainissement soient conduites dans le strict respect des droits humains, de la dignité de la personne et des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité.
L'organisation recommande notamment la cessation immédiate de tout usage illégal de la force, la conduite d'enquêtes sur les allégations documentées, la garantie d'un accès effectif à la justice pour les victimes ainsi que le renforcement de la sélection, de la formation et de la supervision des personnels déployés sur le terrain.
L'OCT affirme enfin qu'il poursuivra ses activités de surveillance, de documentation et d'accompagnement des victimes afin de contribuer au respect des droits fondamentaux dans le cadre des opérations en cours.