Breaking News

Lualaba : un rapport accuse le géant minier CMOC d’avoir provoqué une grave pollution de l’air et une crise sanitaire autour de la mine de Tenke Fungurume

Catégorie
Image
L'usine de Tenke Fungurume Mining, situé à 130 km de Kolwezi dans le territoire de Lubudi [photo d'illustration]
L'usine de Tenke Fungurume Mining, situé à 130 km de Kolwezi dans le territoire de Lubudi [photo d'illustration]

Par Gloire Balolage

Un rapport récent met en cause les activités du groupe minier chinois CMOC Group Limited, considéré comme le plus grand producteur mondial de cobalt. Selon ce document, les opérations de l’entreprise en République démocratique du Congo auraient contribué à une grave dégradation de l’environnement et de la santé des populations vivant à proximité de la mine de Tenke Fungurume, dans la province du Lualaba.

D’après l'enquête menée par l’Agence américaine d’investigation environnementale (EIA), les opérations du groupe CMOC en RDC auraient contribué à une dégradation significative de l’environnement et des conditions de vie des populations locales. Le rapport fait état d’une pollution atmosphérique, d’éventuelles infractions aux lois nationales et du déplacement de plus de 10 000 habitants dans la zone concernée.

Au cœur des accusations figure la nouvelle usine de traitement du cobalt exploitée par la filiale Tenke Fungurume Mining. Cette installation industrielle, dont la superficie équivaut à près de 500 terrains de football, serait à l’origine d’importantes émissions de dioxyde de soufre, un gaz potentiellement toxique. Depuis la mise en service de cette unité en 2023, plusieurs habitants de la zone auraient commencé à présenter des symptômes inquiétants, notamment des saignements de nez, des toux persistantes et, dans certains cas, des vomissements de sang.

Les populations locales signalent également une hausse des complications liées à la grossesse. Des cas de fausses couches et de malformations congénitales auraient été observés au sein de certaines familles vivant à proximité du site minier. Pour les auteurs du rapport, ces situations s’inscrivent dans un contexte plus large de détérioration de la santé publique dans la zone.

Les enquêteurs affirment avoir établi un lien entre l’expansion des activités minières et les problèmes de santé signalés par les habitants. Leur analyse repose notamment sur l’examen de dossiers médicaux, des mesures indépendantes de la qualité de l’air ainsi que des témoignages recueillis auprès de travailleurs, de membres de la communauté et d’employés de l’entreprise.

Intitulé « Transition toxique », le rapport a été publié conjointement par l’EIA et l’organisation PremiCongo.

Les auteurs y soulignent que le cobalt extrait de la mine de Tenke Fungurume alimente les chaînes d’approvisionnement de plusieurs grands constructeurs automobiles occidentaux engagés dans la production de véhicules électriques. Christian Bwenda, coordinateur de PremiCongo, estime que ces conclusions mettent en évidence les conséquences humaines de la transition énergétique mondiale, alors que les entreprises continueraient, selon lui, à ignorer les réalités vécues par les communautés locales.

Le directeur exécutif de l’EIA, Alexander von Bismarck, considère pour sa part que la transition vers des énergies plus propres ne peut être crédible sans une transparence accrue sur l’origine des minéraux stratégiques, en particulier le cobalt. Selon lui, la demande croissante des pays industrialisés risque de continuer à produire des effets néfastes dans les régions productrices si des normes plus strictes et des mécanismes de traçabilité efficaces ne sont pas mis en place.

La production mondiale de cobalt connaît en effet une croissance soutenue, largement portée par l’essor des technologies énergétiques dites propres. Environ 43 % de ce métal stratégique est aujourd’hui destiné à la fabrication de batteries pour véhicules électriques, qui représentaient la principale source de demande en 2024.

La même année, près de la moitié du cobalt extrait dans le monde provenait des activités de CMOC en République démocratique du Congo.

La filiale Tenke Fungurume Mining exploite la mine du même nom ainsi que l’usine de traitement baptisée « 30k », ouverte en 2023. Dans cette installation, le minerai de cuivre-cobalt est transformé en hydroxyde de cobalt, un produit ensuite vendu à de grands fabricants internationaux de batteries. Dans le cadre de son enquête, l’EIA affirme avoir examiné plus de 1 200 dossiers médicaux anonymisés provenant d’une clinique située près de l’usine.

Ces données indiqueraient qu’après l’ouverture de l’installation, les cas de saignements de nez, de toux persistantes et de vomissements de sang ont connu une progression notable au sein de la communauté. Les chercheurs estiment également que la crise sanitaire se serait progressivement étendue à une partie plus large de la population.

Une étude scientifique indépendante sur la pollution atmosphérique, menée entre septembre 2024 et janvier 2025 à Fungurume, aurait par ailleurs détecté des concentrations de dioxyde de soufre dépassant largement les normes internationales. Les enquêteurs disent aussi avoir recueilli des témoignages selon lesquels les équipements industriels continuaient parfois de fonctionner malgré le déclenchement d’alarmes signalant des niveaux élevés de gaz.

De son côté, Tenke Fungurume Mining conteste ces conclusions. L’entreprise affirme que les données de surveillance collectées à la fin de l’année 2024 et au début de 2025 indiquent que les concentrations de dioxyde de soufre restent dans les limites réglementaires. Elle insiste également sur le fait que ses politiques internes imposent l’arrêt immédiat de toute activité jugée dangereuse et interdisent toute forme de représailles contre les travailleurs qui signalent des risques.

Le rapport évoque également les liens existant entre la production de cobalt de Tenke Fungurume et plusieurs constructeurs automobiles internationaux, parmi lesquels BMW, Mercedes-Benz, Peugeot et Volkswagen. Les auteurs estiment que la responsabilité de ces entreprises pourrait être engagée en raison de leur approvisionnement indirect en cobalt provenant du site minier.

Certaines entreprises citées ont réagi aux conclusions de l’enquête. Mercedes-Benz indique avoir engagé un dialogue avec Tenke Fungurume Mining après la publication du rapport, tandis que BMW affirme qu’elle mène des investigations lorsqu’elle identifie des indices de violations potentielles dans ses chaînes d’approvisionnement. 

Stellantis reconnaît pour sa part s’approvisionner auprès de la mine et évoque l’existence de cas de maladies graves liées à la pollution signalés par un audit externe à proximité de l’usine. Volkswagen n’avait pas encore commenté les conclusions au moment de la publication.

Ils estiment que les faits rapportés pourraient constituer des violations de la législation congolaise concernant la qualité de l’air et les déplacements de populations. Ils soulignent également que la mine de Tenke Fungurume a obtenu en juin 2024 la certification Copper Mark, une norme internationale portant sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pour l’EIA, ces résultats soulèvent désormais des interrogations sur la crédibilité de cette certification.

Face à ces constats, le rapport plaide pour un renforcement des mécanismes de gouvernance et de contrôle dans le secteur minier. Les auteurs estiment que des technologies de surveillance, des audits indépendants et des réglementations plus strictes pourraient permettre d’assurer une meilleure responsabilité des entreprises et une protection accrue des communautés vivant à proximité des sites d’extraction.

Mardi 10 mars 2026 - 19:43