Par Denise Kyalwahi
À l’occasion de la Journée internationale des forêts, l’Université de Kinshasa (UNIKIN) a organisé, les 15 et 16 avril derniers, une rencontre de haut niveau réunissant chercheurs, décideurs publics et experts environnementaux. L’objectif : repenser la gestion du patrimoine forestier de la RDC et faire du marché carbone un véritable levier de développement durable.
Repenser la gestion des forêts grâce à la science
Initiée par la Faculté des sciences agronomiques et de l’environnement, en collaboration avec les autorités sectorielles, cette rencontre a permis de dresser un constat sans détour : la protection des forêts congolaises ne peut plus se limiter à une logique de conservation. Elle doit désormais s’inscrire dans une dynamique économique durable.
Le professeur Freddy Okitayela, doyen de la faculté, a insisté sur la nécessité d’intégrer des approches scientifiques rigoureuses dans les politiques publiques. Selon lui, la lutte contre le changement climatique doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie des populations, grâce à des solutions innovantes fondées sur des données fiables.
L’UNIKIN, moteur d’initiatives écologiques
Prenant la parole au nom du recteur, le professeur Mbuya Kutumisa Jean Paul a appelé étudiants et chercheurs à s’engager concrètement. Face à la dégradation accélérée des forêts et aux effets du réchauffement climatique, l’université entend dépasser son rôle académique classique.
L’UNIKIN ambitionne désormais de devenir un véritable incubateur de projets environnementaux. Le comité de gestion a ainsi invité les porteurs d’initiatives écologiques à collaborer avec l’institution, réaffirmant sa vocation de service à la société.
Marché du carbone : entre potentiel et défis
L’un des points marquants des échanges a été l’intervention du professeur émérite Remo Lubwenamo, qui a mis en lumière les limites actuelles du marché carbone en RDC. Malgré un potentiel considérable, les résultats restent modestes : sur 71 projets recensés, seuls trois sont certifiés, notamment dans le cadre du mécanisme REDD+.
Face aux irrégularités observées, notamment le non-respect du Code forestier, il préconise une réforme en profondeur, voire un moratoire temporaire, afin de restaurer la crédibilité du pays sur la scène internationale et attirer davantage d’investissements.
Une ambition nationale à l’horizon 2030
Représentant le gouvernement, le professeur Bonaventure Lele Nyami a rappelé que cette transition écologique repose sur une collaboration étroite entre recherche scientifique et action publique. Cette vision est portée par le programme national « La Forêt, c’est Nous », adopté en décembre 2025.
Ce plan fixe des objectifs ambitieux à l’horizon 2030 : restaurer 8 millions d’hectares de terres, planter 5 milliards d’arbres et générer un million d’emplois verts, avec une attention particulière pour les jeunes et les femmes.
En conclusion, Maria Muyambo a alerté sur l’urgence de la situation : la déforestation progresse à un rythme inquiétant. Elle a appelé à des actions immédiates pour préserver ce patrimoine vital, afin que les forêts congolaises demeurent une richesse pour les générations futures, et non un héritage perdu.