Par Gloire Balolage
Au cœur du bassin du Congo, l’une des plus grandes réserves de biodiversité au monde, chaque découverte scientifique rappelle l’immensité des connaissances qui restent à explorer dans les forêts tropicales africaines. Malgré des décennies de recherches, certains secrets de la faune congolaise continuent d’émerger, révélant une biodiversité unique mais également fragile face aux pressions humaines qui menacent plusieurs espèces animales.
C’est dans ce contexte que des scientifiques ont annoncé, ce jeudi 16 juillet, la découverte d’une nouvelle espèce de singe dans le bassin du Congo, selon la direction du Parc national de la Lomami. Baptisé "Likweli" par les communautés locales et identifié scientifiquement sous le nom de Colobus congoensis, ce primate devient la cinquième nouvelle espèce de singe africain découverte au cours des 75 dernières années.
L’histoire de cette découverte remonte à 2008, année durant laquelle l’animal avait été observé pour la première fois. Il aura cependant fallu plusieurs années d’études et d’analyses approfondies pour confirmer qu’il ne s’agissait pas d’une variation d’une espèce déjà connue, mais bien d’une espèce distincte à part entière.
Le Likweli est un petit singe arboricole reconnaissable à son pelage entièrement noir, à sa longue queue bouclée ainsi qu’à ses marques orange-crème situées autour du nez et de la bouche. Vivant discrètement au sommet de la haute canopée de la forêt de la Lomami, il évolue généralement en petits groupes composés d’environ six individus, ce qui rend son observation particulièrement difficile.
Selon les chercheurs, cette nouvelle espèce appartient à la famille des colobes et présente une forte proximité avec le colobe satan, Colobus satanas. Toutefois, les deux espèces sont séparées par plus de 1 200 kilomètres de forêt tropicale. Les analyses génétiques et physiques réalisées indiquent qu’elles auraient évolué séparément depuis environ 4,7 à 5,8 millions d’années. Le Likweli se distingue notamment par son masque facial particulier, sa taille plus réduite et des vocalisations différentes.
Cette découverte est le résultat de dix années de recherches menées sur le terrain par plusieurs institutions scientifiques. Les équipes du Parc national de la Lomami et de la Société zoologique de Francfort ont travaillé avec la Lukuru Wildlife Research Foundation, l’Université de Yale, la Florida Atlantic University, l’Université de la Ville de New York ainsi que l’American Museum of Natural History pour parvenir à cette identification.
Au-delà de l’importance scientifique de cette découverte, les chercheurs mettent en garde contre les dangers qui menacent déjà le Likweli. La chasse, le braconnage et la destruction progressive de son habitat naturel représentent des risques majeurs pour la survie de cette espèce nouvellement identifiée. Ils recommandent ainsi son inscription rapide sur la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature, dans la catégorie des espèces en danger d’extinction.
Cette découverte rappelle que les forêts du bassin du Congo demeurent un patrimoine naturel exceptionnel, capable de révéler encore de nouvelles formes de vie. Elle met également en lumière l’urgence de renforcer les efforts de conservation afin que ces espèces récemment découvertes ne disparaissent pas avant même d’être pleinement étudiées.
L’apparition du Likweli dans le monde scientifique constitue donc à la fois une avancée majeure pour la connaissance de la biodiversité africaine et un appel à la responsabilité collective. La protection de son habitat apparaît désormais comme une priorité pour garantir que la richesse naturelle de la République démocratique du Congo puisse continuer à bénéficier aux générations futures.