Par Serge Mavungu
L’épidémie de maladie à virus Ebola, causée par la souche Bundibugyo, demeure active en République démocratique du Congo (RDC). Le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP) l’a indiqué ce samedi à Kinshasa, lors d’une conférence de presse consacrée à l’évolution de la situation épidémiologique et aux actions de riposte.
Selon les chiffres présentés pour la situation au 20 août, le cumul atteint 5 307 cas confirmés, dont 2 557 décès, soit une létalité de 47,6 %. La riposte compte également 1 167 personnes guéries, tandis que 737 malades sont actuellement en isolement ou pris en charge dans les structures de traitement. Le suivi des contacts est, quant à lui, estimé à environ 85 %, selon les données communiquées lors de la conférence de presse.
L’épidémie touche actuellement six provinces, avec l’Ituri qui demeure l’épicentre. Cette province concentre à elle seule environ 85 % des cas confirmés, devant notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.
Le DG de l’INSP a particulièrement insisté sur la persistance des transmissions et des décès au sein des communautés. Pour lui, cette situation démontre la nécessité de renforcer les interventions directement auprès des populations afin de détecter rapidement les malades, les isoler et assurer leur prise en charge.
Plus de 21 laboratoires mobilisés
Depuis le début de l’épidémie, les capacités de diagnostic ont été considérablement renforcées. Alors qu’un seul laboratoire était initialement disponible, la réponse dispose désormais de plus de 21 laboratoires répartis dans les zones affectées.
Cette décentralisation vise à rapprocher le diagnostic des communautés et à réduire les délais de confirmation des cas. D’autres laboratoires mobiles devraient également être déployés afin de renforcer davantage cette capacité.
La prise en charge s’appuie, de son côté, sur près d’une quarantaine de centres de traitement, dont certains sont en construction ou en extension. L’objectif est notamment d’accroître les capacités d’isolement et de prise en charge des patients encore présents dans les communautés.
Une riposte articulée autour de plusieurs piliers
Le responsable de l’INSP a rappelé que plusieurs piliers sont engagés dans la riposte. Il s’agit notamment de la surveillance épidémiologique, du laboratoire, de la prise en charge médicale, nutritionnelle et psychosociale, ainsi que de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire.
La recherche constitue également un axe important, notamment pour identifier des traitements et des vaccins adaptés à la souche Bundibugyo. Contrairement à la souche Zaïre, qui a déjà bénéficié de vaccins et de traitements spécifiques, cette souche fait encore l’objet de recherches.
Sur le volet vaccinal, les autorités envisagent notamment l’utilisation du vaccin Ervebo, dont l’efficacité est établie contre la souche Zaïre. Selon le DG de l’INSP, l’hypothèse d’une immunité croisée pourrait permettre d’espérer une certaine efficacité contre Bundibugyo, alors que des essais cliniques sont toujours en cours pour développer un vaccin spécifiquement adapté à cette souche.
La stratégie « 100 % village » annoncée
Face à la nécessité de renforcer l’adhésion des populations, l’INSP entend intensifier son approche communautaire. Le DG a annoncé le déploiement d’une stratégie dite « 100 % village », destinée à rapprocher davantage la riposte des communautés.
Cette nouvelle approche doit permettre d’aller au-delà des interventions limitées aux zones de santé et de renforcer la mobilisation directement au niveau des villages. L’objectif est d’obtenir une meilleure collaboration des populations dans la détection des cas, le suivi des contacts et l’isolement des personnes malades.
Pour l’INSP, l’engagement communautaire demeure ainsi l’un des éléments déterminants pour parvenir à interrompre les chaînes de transmission et réduire l’impact de l’épidémie.