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Butembo-Beni : les limites de la gestion des déchets relancent l'appel à une mobilisation collective

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Insalubrité à l'abattoir de Butembo
Insalubrité à l'abattoir de Butembo

Par Denise Kyalwahi

À Butembo, l'accumulation des déchets dans les rues, les caniveaux et certains espaces publics continue de susciter des inquiétudes. Alors que plusieurs organisations locales tentent de contribuer à l'assainissement de la ville avec des moyens limités, les acteurs de la société civile appellent les autorités à renforcer la gestion des déchets et les habitants à adopter des comportements plus responsables. À Beni, la mobilisation communautaire autour des travaux d'assainissement du samedi montre, de son côté, une implication croissante de différentes couches de la population.

L'insalubrité reste un défi important dans plusieurs quartiers de la ville de Butembo, au Nord-Kivu. Lors d'un micro-trottoir réalisé par Opinion-info.cd, des acteurs de la société civile et des organisations environnementales ont décrit une situation préoccupante et appelé à une action concertée entre les autorités, les organisations locales et la population.

John Kameta, président de la société civile de la commune de Bulengera, estime que la responsabilité de cette situation est partagée entre les autorités et les citoyens.

« La ville de Butembo fait face à une très forte insalubrité et nous pensons que les responsabilités sont partagées », affirme-t-il.

Selon lui, plusieurs organisations sont chargées de contribuer à l'assainissement dans les quatre communes de la ville. Toutefois, leur action reste limitée par le manque de moyens et l'insuffisance d'accompagnement.

« Malgré ces organisations, nous ne voyons pas vraiment de changement. Partout où vous circulez dans la ville, vous rencontrez encore des immondices et des déchets jetés de manière désordonnée », déplore-t-il.

Des difficultés financières pour les structures d'assainissement

John Kameta souligne également les difficultés auxquelles sont confrontées les organisations chargées de collecter les déchets. Certaines dépendent des contributions des ménages pour financer leurs activités, notamment l'achat du carburant, l'entretien des véhicules et la rémunération des travailleurs.

Lorsque les bénéficiaires ne parviennent pas à payer régulièrement les frais convenus, le fonctionnement de ces structures devient difficile.

Pour le responsable de la société civile, les autorités devraient mettre en place un mécanisme d'accompagnement plus efficace.

Il recommande notamment que les organisations chargées de l'assainissement soient sélectionnées sur la base de leurs capacités et de leurs performances, mais aussi qu'elles bénéficient d'un appui permettant de mener leurs activités de manière régulière.

La population appelée à changer ses comportements

Au-delà de la responsabilité des autorités, les acteurs rencontrés insistent sur le rôle des citoyens.

John Kameta appelle les habitants à éviter de jeter les déchets dans les rues et les caniveaux.

« Si le sens de la responsabilité citoyenne nous manque, nous jetons les déchets partout. On achète un emballage et, après l'avoir utilisé, on le jette n'importe où », explique-t-il.

Cette mauvaise gestion des déchets peut contribuer à la pollution de l'environnement et favoriser des conditions propices à la prolifération de microbes, alertent les acteurs environnementaux.

Les organisations locales tentent de pallier les insuffisances

Face à cette situation, plusieurs organisations locales multiplient les initiatives d'assainissement malgré des moyens limités.

Blessing Muhiwa, coordonnateur régional de Kwetu Nature, estime que l'État devrait renforcer son intervention dans la gestion des déchets solides.

« Le gouvernement devrait renforcer les politiques publiques de gestion des déchets solides à travers la mise en place d'un système régulier de collecte, de transport, de traitement et d'élimination des déchets dans les différents quartiers de la ville de Beni et Butembo », recommande-t-il.

Il plaide également pour la création de points de collecte, de sites appropriés pour le traitement ou l'élimination des déchets ainsi que la mise à disposition d'équipements adaptés aux activités d'assainissement.

Pour lui, la sensibilisation et le contrôle du respect des règles d'hygiène doivent également être renforcés.

À Beni, une mobilisation communautaire chaque samedi

Dans la ville voisine de Beni, l'assainissement fait également l'objet d'une mobilisation communautaire régulière. Chaque samedi, le maire de la ville invite la population à participer aux activités de salubrité dans différents quartiers.

À plusieurs reprises, le maire descend lui-même sur le terrain aux côtés des habitants afin de les encourager et de prendre part aux travaux d'assainissement.

Femmes, jeunes et membres de différentes couches de la population répondent à ces invitations et se mobilisent pour nettoyer les rues, les espaces publics et d'autres endroits nécessitant des travaux de salubrité.

Cette participation communautaire témoigne d'une implication des habitants dans l'entretien de leur cadre de vie. La présence des autorités locales sur le terrain contribue également à encourager la population à participer aux activités.

Pour plusieurs acteurs, cette dynamique montre que la lutte contre l'insalubrité nécessite à la fois l'engagement des pouvoirs publics et la participation des citoyens.

Des signes de changement, mais encore insuffisants

À Butembo, Blessing Muhiwa affirme que l'implication des organisations locales commence à produire certains effets sur les comportements.

« Certains habitants comprennent davantage l'importance de maintenir leur environnement propre et participent plus volontiers aux activités d'assainissement », explique-t-il.

Cependant, il reconnaît que les changements restent progressifs et que le dépôt anarchique des déchets dans les espaces publics et les caniveaux persiste.

Il appelle donc à une collaboration plus étroite entre les autorités, les organisations locales et les communautés afin de consolider les acquis.

Les jeunes et les femmes s'impliquent

Le mouvement scout fait également partie des organisations qui participent aux activités d'assainissement à Butembo.

Esther Kyakimwa, membre du mouvement scout dans la ville, explique que son organisation organise régulièrement des séances de nettoyage.

« Notre organisation se soucie fortement de l'insalubrité dans la ville de Butembo. Nous organisons des séances d'assainissement pour rendre la ville propre et surtout pour prévenir certaines maladies », témoigne-t-elle.

D'autres structures, notamment le Club RFI et l'Association des femmes pour le développement de la ville de Butembo, mènent également des initiatives visant à améliorer la propreté dans différents espaces de la ville.

Pour ces acteurs, l'assainissement ne doit pas être considéré comme une responsabilité exclusive du gouvernement.

« Nous pensons que l'assainissement de la ville concerne le gouvernement, mais en tant que citoyens conscients de notre engagement envers la nation, nous nous donnons aussi l'obligation de rendre notre ville propre », témoigne un membre d'une organisation environnementale locale.

Les autorités sollicitées

Les organisations interrogées souhaitent néanmoins que les efforts communautaires soient accompagnés par des mesures publiques plus structurées, notamment la mise en place d'un système régulier de collecte des déchets, la création d'infrastructures adaptées et le soutien aux organisations engagées dans l'assainissement.

Notre média a sollicité le service provincial compétent afin de connaître les mesures envisagées par les autorités pour faire face à l'insalubrité qui persiste dans la ville de Butembo. Celui-ci n'a toutefois pas été disponible pour répondre à nos questions au moment de la réalisation de ce reportage.

Entre les initiatives communautaires observées à Beni et les appels à davantage d'engagement à Butembo, les acteurs rencontrés estiment que la lutte contre l'insalubrité passe par une mobilisation durable des autorités, des organisations locales et de la population.

La gestion des déchets demeure ainsi un enjeu collectif qui nécessite non seulement des changements de comportements, mais également des moyens, des infrastructures et une organisation régulière de la collecte et du traitement des déchets.

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Lundi 21 septembre 2026 - 18:56