Par Gloire Balolage
L'insécurité dans le territoire de Beni prend une dimension particulièrement préoccupante pour la santé publique en République démocratique du Congo. Après l'attaque meurtrière survenue à Cantine-Aloya, au Nord-Kivu, le 5 novembre 2026, Africa CDC tire la sonnette d'alarme sur les conséquences de ces violences pour la lutte contre l'épidémie d'Ebola. L'organisation appelle à l'établissement urgent d'un « corridor de paix » afin de permettre aux équipes sanitaires et humanitaires de poursuivre leurs interventions auprès des populations affectées.
L'attaque s'est produite aux environs de 23 heures dans cette localité située à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de la ville de Beni. Des hommes armés, attribués aux Forces démocratiques alliées (ADF) par les autorités locales, ont pris pour cible des civils et incendié plusieurs habitations ainsi qu'un poste de santé. Le bilan humain reste lourd : au moins 33 corps ont été retrouvés, selon des responsables de la société civile locale. De son côté, l'armée congolaise a fait état d'au moins 37 civils tués.
Au-delà des pertes en vies humaines et des destructions matérielles, cette incursion armée a provoqué une nouvelle perturbation des activités sanitaires dans une région confrontée à l'épidémie d'Ebola. Selon Christian Kakule Vulembera, médecin responsable du centre hospitalier de Kelekele, à Cantine, 180 patients ont quitté l'établissement pour se mettre à l'abri. Parmi eux figuraient des personnes suspectées d'être infectées, ainsi qu'un malade dont la contamination avait été confirmée. Le responsable sanitaire a également signalé la fuite de contacts à haut risque et d'autres personnes placées sous surveillance.
Cette situation suscite de sérieuses inquiétudes quant à la maîtrise de la chaîne de transmission du virus. La dispersion des patients et des personnes suivies complique leur localisation, leur prise en charge et le contrôle de leurs contacts. Dans un contexte épidémique, l'interruption du suivi médical et de la surveillance peut compromettre les efforts engagés pour limiter la propagation de la maladie. C'est précisément ce risque qui motive l'alerte lancée par Africa CDC.
Dans une déclaration publiée ce dimanche 8 novembre 2026 à Addis-Abeba, son directeur général, Jean Kaseya, a fermement condamné cette attaque et exprimé sa solidarité avec les familles endeuillées, les blessés, les personnes déplacées et les communautés touchées. L'organisation se dit particulièrement préoccupée par les attaques contre les structures sanitaires et la fuite de centaines de personnes présentant une infection à Ebola confirmée ou suspectée. Elle considère que ces événements constituent une menace sérieuse pour la continuité des interventions de santé publique.
Face à cette situation, Africa CDC demande la mise en place d'un corridor de paix destiné à garantir la protection des civils, des patients, du personnel soignant et des infrastructures médicales. Cette mesure devrait également permettre un accès sécurisé et durable des équipes sanitaires et humanitaires aux communautés affectées. L'organisation rappelle que les établissements de santé et les personnels médicaux bénéficient d'une protection particulière en vertu du droit international humanitaire, que toutes les parties doivent respecter.
Cette nouvelle alerte intervient alors que le Nord-Kivu figure parmi les provinces les plus préoccupantes dans le cadre de l'épidémie d'Ebola causée par le virus Bundibugyo. La province représente près de la moitié des nouvelles infections enregistrées en RDC. Dans ces conditions, les violences armées risquent de fragiliser davantage les mécanismes de détection des cas, le suivi des contacts et l'accès aux structures de prise en charge.
Pour Africa CDC, la poursuite de la riposte ne peut être dissociée de la sécurité des communautés et des intervenants de première ligne. L'appel à un corridor de paix traduit l'urgence de préserver les activités sanitaires dans les zones touchées par les violences. Au-delà de Cantine-Aloya, l'enjeu est désormais d'éviter que l'insécurité ne transforme une crise humanitaire et sécuritaire en une menace épidémiologique encore plus difficile à contenir.