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Service National : Kinshasa retrouve un visage propre, mais pour combien de temps ? (Reportage)

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Une caricature illustrant le travail exécuté par le Service national dans le cadre de la Task force présidentielle
Une caricature illustrant le travail exécuté par le Service national dans le cadre de la Task force présidentielle

Par Patrick Kitoko

Les opérations d'assainissement menées à Kinshasa par la Task Force présidentielle, sous la conduite du Service national, suscitent autant d'espoir que d'interrogations. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les « bâtisseurs » sont à pied d'œuvre pour débarrasser les artères des immondices, curer les caniveaux et libérer les espaces publics. Une mobilisation visible qui redonne, par endroits, un nouveau visage à la ville. Mais derrière ces résultats immédiats se pose une question essentielle: qui garantira la continuité ?

Sur le terrain, un travail visible

L'engagement des équipes du Service national est difficile à ignorer. Massivement déployés, les bâtisseurs s'attaquent aux principaux points d'insalubrité. Pour une partie des Kinois rencontrés, cette intervention était devenue nécessaire face à l'ampleur des déchets, à l'obstruction des caniveaux et à l'occupation anarchique des emprises publiques.

« Au moins, on voit quelque chose se faire », résume un habitant. Peu importe l'institution qui agit, l'essentiel est que les rues soient nettoyées.

Une action saluée, mais une inquiétude persiste

D'autres se montrent plus prudents. Ils reconnaissent l'utilité du travail accompli, mais redoutent que les résultats ne soient que temporaires. Car le problème de Kinshasa ne réside pas uniquement dans l'accumulation des déchets. Il concerne aussi leur collecte régulière, leur évacuation, le curage des caniveaux, la gestion des marchés, l'occupation des espaces publics, le comportement des citoyens et surtout la capacité des institutions à assurer un suivi permanent.

Nettoyer aujourd'hui une avenue sans mettre en place un mécanisme pour la maintenir propre demain, c'est condamner à recommencer éternellement le même travail.

Du nettoyage au civisme

L'une des particularités affichées de cette opération est de ne pas se limiter au ramassage. La Task Force entend également promouvoir le civisme et responsabiliser la population. Un enjeu crucial dans une ville où les mauvaises pratiques sont devenues quotidiennes: déchets jetés dans les rues et les cours d'eau, caniveaux transformés en dépotoirs, non-respect des règles élémentaires de salubrité.

Pour plusieurs observateurs, l'éducation civique constitue le véritable défi. Une ville propre ne peut pas reposer uniquement sur le nombre d'agents affectés au nettoyage. Elle dépend aussi du comportement de ceux qui y vivent. Mais le civisme ne peut être dissocié de la responsabilité des pouvoirs publics. Il est difficile d'exiger des citoyens qu'ils ne jettent pas leurs déchets lorsqu'il n'existe pas, dans certains quartiers, un système régulier de collecte.

La Task Force, révélateur des faiblesses du système ?

La mobilisation d'une Task Force présidentielle peut être interprétée comme une réponse exceptionnelle à une situation urgente. Mais elle révèle aussi les limites du dispositif ordinaire de gestion de la salubrité dans la capitale.

La question n'est donc pas de savoir si la Task Force doit travailler à la place des autorités urbaines, mais comment cette intervention exceptionnelle peut contribuer à renforcer un système permanent que les communes et la ville pourront pérenniser. Le risque serait de voir la salubrité dépendre d'opérations ponctuelles, fortement médiatisées, sans véritable mécanisme de suivi.

Le véritable test commence après

Aujourd'hui, les bâtisseurs peuvent nettoyer une rue. Demain, cette même rue devra rester propre. C'est là que se jouera le véritable bilan.

« La réussite de la Task Force ne devrait pas se mesurer uniquement au nombre de tonnes de déchets évacuées ou aux kilomètres de caniveaux curés. Elle devrait être appréciée à l'aune de la capacité des institutions à prévenir le retour des immondices et à installer une culture durable de la salubrité », estime Georges, père de famille, interrogé par Opinion-Info.cd.

Et d'ajouter: « Cela passe par une meilleure organisation de la collecte, l'entretien régulier des ouvrages d'assainissement, la responsabilisation des communes, l'aménagement des marchés, l'application des règles et une véritable politique d'éducation civique. »

L'opération actuelle a remis la salubrité au cœur du débat. Elle offre aux autorités l'opportunité de transformer une mobilisation exceptionnelle en politique publique durable.

« Mais la continuité devra relever d'une organisation institutionnelle durable, d'une politique cohérente et d'un changement des comportements. Le nettoyage est visible aujourd'hui. La véritable réussite, elle, se mesurera demain », conclut Jeanine habitante de la commune de Kintambo.

Lundi 21 septembre 2026 - 18:01