Par Gloire Balolage
Face à la poursuite de l'épidémie d'Ebola à virus Bundibugyo en République démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) et Epicentre ont lancé une nouvelle étude destinée à évaluer une éventuelle protection vaccinale des travailleurs de première ligne. L'initiative, menée dans le cadre de la riposte coordonnée par le ministère de la Santé, porte sur le vaccin ERVEBO, actuellement disponible à grande échelle, mais qui n'est pas homologué spécifiquement contre le virus responsable de l'épidémie en cours.
L'étude, baptisée BRAVO, doit permettre de recueillir des données scientifiques sur l'utilisation de ce vaccin dans les conditions réelles de l'épidémie. MSF indique qu'elle est conduite avec le ministère de la Santé, Africa CDC, l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) et plusieurs partenaires scientifiques. L'objectif est notamment de vérifier si les indications préliminaires faisant état d'une possible protection contre le virus Bundibugyo peuvent être confirmées.
Les opérations ont commencé depuis le week-end dernier, au centre de formation des personnels de santé de l'OMS à Bunia, en Ituri. Le programme devrait s'étendre sur neuf à douze mois. La première phase, consacrée à la vaccination, durera trois mois, avant un suivi des participants d'au moins six mois afin d'observer les données recueillies.
Au total, 20 000 travailleurs de première ligne de l'Ituri et du Nord-Kivu sont concernés par cette étude. MSF les considère comme une population particulièrement exposée au virus, mais aussi comme un maillon essentiel de la réponse à l'épidémie. Les informations recueillies devraient notamment permettre d'évaluer l'efficacité potentielle d'ERVEBO dans le contexte spécifique de cette flambée de Bundibugyo.
Le choix de ce vaccin intervient toutefois dans un contexte particulier. ERVEBO a été homologué contre le virus Ebola Zaïre et non contre le virus Bundibugyo. MSF souligne néanmoins que certaines données préliminaires laissent envisager une protection possible. Guyguy Manangama, médecin épidémiologiste et directeur adjoint des opérations de MSF, estime qu'une éventuelle protection, même partielle, pourrait contribuer à réduire les formes graves de la maladie et le nombre de décès. Il insiste cependant sur la nécessité de démontrer scientifiquement cette hypothèse.
Parallèlement, plusieurs vaccins conçus spécifiquement contre le virus Bundibugyo sont encore en cours de développement. Leur mise à disposition pourrait intervenir dans les prochains mois, selon MSF, qui considère la poursuite et l'accélération de ces recherches comme essentielles. En attendant, ERVEBO est présenté comme une solution transitoire, notamment en raison de son profil de sécurité établi et de son homologation par plusieurs autorités réglementaires, dont la FDA américaine, l'Agence européenne des médicaments et l'Organisation mondiale de la Santé.
La vaccination proposée dans le cadre de BRAVO reste entièrement volontaire. MSF rappelle surtout qu'elle ne constitue qu'une mesure de protection complémentaire et ne remplace pas les dispositifs de prévention déjà appliqués contre la maladie. Les travailleurs de première ligne devront ainsi continuer à porter leurs équipements de protection, respecter les procédures de soins sécurisées et signaler rapidement l'apparition d'éventuels symptômes.
Pour MSF, l'enjeu de cette étude n'est donc pas de présenter ERVEBO comme une réponse définitive à l'épidémie. Guyguy Manangama souligne plutôt que le vaccin pourrait apporter une protection supplémentaire aux personnels les plus exposés et renforcer les capacités de riposte, en complément des autres mesures nécessaires.