Par Don Benjamin Makolo
Le discours de Donald Trump devant la 81e Assemblée générale des Nations Unies, mardi 22 septembre 2026, continue de susciter des réactions en République démocratique du Congo. Alors que le président américain affirme avoir mis fin à la guerre entre la RDC et le Rwanda, cette lecture est contestée par des voix venues de l'Est du pays, où les conséquences du conflit restent vives.
Un habitant joint par la rédaction d'Opinion-info.cd à Rutshuru, territoire du Nord-Kivu affecté par l'occupation de l'AFC-M23, dit ne pas se reconnaître dans l'affirmation d'un retour à la paix.
« J'ai écouté le discours de Donald Trump à l'ONU. Il ose dire qu'il a réglé la guerre entre la RDC et le Rwanda, mais de quelle paix parle-t-il ? Ici, à Goma, à Bukavu, au Nord et au Sud-Kivu, nous sommes toujours sous occupation de l'AFC-M23. Les balles sifflent encore, nos familles sont déplacées, nos frères sont tués, nos sœurs violées, on nous fait payer des taxes par des rebelles, ... », témoigne-t-il.
Pour cet habitant, la situation vécue sur le terrain ne correspond pas au récit diplomatique présenté à New York.
« Dire que cette guerre est finie, c'est cracher sur les millions de morts congolais, c'est effacer notre douleur. Il n'y a pas de paix à Washington, il n'y a que des signatures sur des papiers pendant que nous, nous continuons de mourir ici. Nous ne voulons pas qu'on utilise notre sang pour faire campagne ! Nous voulons une vraie paix, pas une paix inventée pour les caméras », ajoute-t-il.
Du côté de la société civile, Jonas Tshombela, président de la Nouvelle Société civile congolaise, appelle à distinguer les annonces diplomatiques de la réalité vécue par les populations.
« Si Washington estime qu'un processus diplomatique a permis de mettre fin à une guerre, nous en prenons acte comme déclaration politique et diplomatique. Mais pour le Congolais qui vit à Goma, Bukavu, Masisi, Walikale ou dans les zones affectées par le conflit, la paix ne se mesure pas dans une déclaration prononcée à New York. Elle se mesure à l'absence des armes, au retour des déplacés et à la sécurité des populations », explique-t-il.
La société civile congolaise ne plaide, toutefois, pas pour une rupture des négociations. Jonas Tshombela estime que la RDC doit poursuivre la diplomatie, mais exige que celle-ci débouche sur des résultats concrets.
« Nous ne sommes pas favorables à une rupture des négociations. Mais la diplomatie doit produire des résultats concrets. Nous voulons une paix réelle, pas une paix déclarée », affirme-t-il.
Le président de la Nouvelle Société civile congolaise insiste également sur la nécessité de documenter les violations du cessez-le-feu, de protéger les populations civiles et de poursuivre les responsables de crimes graves devant les juridictions compétentes.
« Oui au dialogue diplomatique, oui aux mécanismes de paix, mais non à une diplomatie qui banalise la souffrance des Congolais », soutient-il.
« On peut négocier la fin d'une guerre. On ne négocie pas l'impunité », tranche Jonas Tshombela, qui préconise une paix fondée sur trois piliers : « dialogue politique, sécurité effective et justice ».