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Exclusivité : « La réussite du processus de réinsertion des ex-Mobondo ne se mesurera pas au seul nombre de redditions »

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Joël Nzampungu Imbole, professeur à l'École de Criminologie de l'Université de Kinshasa
Joël Nzampungu Imbole, professeur à l'École de Criminologie de l'Université de Kinshasa

Par Grevisse Tekilazaya

Le gouvernement de la République démocratique du Congo, par le biais du ministre délégué chargé des Anciens combattants, s'active pour le processus de réinsertion des ex-miliciens Mobondo. Cette initiative, lancée conformément aux attributions confiées par le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo au ministre délégué Eliezer Ntambwe, est diversement analysée dans l'opinion publique. Dans une interview accordée à votre Opinion-Info.cd, ce vendredi 25 septembre 2026, Joël Nzampungu Imbole, professeur à l'École de Criminologie de l'Université de Kinshasa, salue l'opportunité que représente une telle initiative. Cependant, cet expert en criminologie pense que son succès ne doit pas uniquement se baser sur le nombre de combattants qui se rendent.

Ci-dessous l'intégralité de l'interview

Opinion-Info : Pensez-vous que le processus de réinsertion des ex-miliciens Mobondo va aboutir, cette fois-ci, avec le ministre délégué ?

Professeur Joël Nzampungu Imbole : Je voudrais commencer par déplacer légèrement la question. En criminologie de la réaction sociale, nous savons qu'un conflit armé ne disparaît pas simplement parce que les armes se taisent. Une arme peut être déposée en quelques secondes ; une mémoire de violence, elle, demande parfois des années pour être désarmée. À mon sens, la démarche engagée par le gouvernement constitue donc une opportunité sérieuse, mais son succès ne doit pas être mesuré uniquement par le nombre de combattants qui se rendent ou par le nombre d'armes récupérées. Il faut regarder ce qui se passe après la reddition : que devient l'ancien combattant ? Que devient la victime ? Que devient la communauté ? Et surtout, quelles garanties avons-nous que le conflit ne se reproduira pas sous une autre forme ? Les premiers résultats communiqués par les autorités sont objectivement importants. En juin 2026, Son Excellence Eliezer Ntambwe, ministre délégué chargé des Anciens combattants, faisait état de 891 personnes qui s'étaient rendues, dont 575 orientées vers une formation par le Service national, ainsi que de 144 armes récupérées. En août, le chiffre communiqué était de 596 ex-Mobondo orientés vers Kanyama Kasese. Cela signifie que nous ne sommes plus seulement dans le registre des intentions. Il existe déjà une dynamique de désarmement, démobilisation et réinsertion.

Opinion-Info : Quelle chance donnez-vous à ce processus ?

Professeur Joël Nzampungu Imbole : Scientifiquement, je serais prudent : un processus de DDR ne peut être déclaré réussi au moment où l'ancien combattant remet son arme. Il commence véritablement lorsque celui-ci peut vivre sans arme, gagner sa vie sans violence, être accepté par sa communauté et ne plus avoir intérêt à retourner dans le groupe armé.

C'est ici que la criminologie devient particulièrement intéressante. Le phénomène Mobondo ne peut pas être appréhendé exclusivement comme un problème militaire ou policier. Il possède des dimensions foncières, communautaires, économiques, identitaires, politiques et sociales. Le conflit Teke-Yaka a produit des violences, des déplacements, des traumatismes et une rupture du lien social. Il faut donc traiter le conflit derrière le combattant, et pas seulement le combattant derrière le conflit. Autrement dit, si nous retirons le fusil mais que nous laissons intactes les frustrations qui ont contribué à faire du fusil un moyen d'expression, nous aurons peut-être désarmé l'homme sans désarmer le conflit.

C'est précisément pourquoi je trouve intéressant que la mission soit aujourd'hui pensée également en termes de réinsertion et de reconstruction communautaire.

Criminologue très bien formé en gestion de la paix et des conflits à la prestigieuse École de criminologie de l'Université de Kinshasa, le ministre Eliezer Ntambwe travaille notamment sur la création de nouvelles opportunités pour les anciens Mobondo, en lien avec d'autres secteurs gouvernementaux. Il faut donc reconnaître une chose : quand un problème social complexe rencontre une formation scientifique appropriée, cela peut modifier la manière dont le problème est posé et, par conséquent, la manière dont on cherche à le résoudre. Je dirais même, avec un petit sourire de criminologue, que le ministre délégué Eliezer Ntambwe apprend une chose assez simple aux autres membres du gouvernement : un conflit n'est pas une équation où l'on retire simplement les criminels pour obtenir la paix. Si c'était aussi simple, le ministre aurait depuis longtemps demandé une calculatrice au lieu d'une bibliothèque ! Dans le cas présent, l'enjeu majeur sera donc de passer d'une logique de reddition à une véritable logique de transformation sociale.

Opinion-Info : Quelles sont les orientations à formuler au gouvernement ?

Professeur Joël Nzampungu Imbole : À mon avis, quatre axes stratégiques doivent structurer l'action publique pour garantir une paix durable :

- Il faudrait d'abord poursuivre le désarmement, empêcher la reconstitution des groupes armés et systématiser l'identification biométrique pour éviter les infiltrations et doubles inscriptions.

- Il faudrait aussi investir massivement dans la formation professionnelle, l'entrepreneuriat et l'agriculture afin de garantir aux ex-combattants des sources de revenus stables et pacifiques.

- Il faudrait encadrer la cohabitation communautaire en favorisant la parole des victimes, la reconnaissance des souffrances et la restauration de la confiance mutuelle.

- Somme toute, il faudrait s'attaquer aux litiges fonciers, à la circulation illicite des armes, aux déplacements de populations et aux failles des mécanismes locaux de règlement des différends.

Vendredi 25 septembre 2026 - 18:00