Par Gloire Balolage
En Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), 857 personnes ont déjà reçu le vaccin dans le cadre de l'étude Bravo, destinée à évaluer l'efficacité du vaccin Ervebo contre la souche Bundibugyo du virus Ebola. Cette recherche cible principalement les personnes exposées dans le cadre de leurs activités professionnelles liées à la riposte contre l'épidémie, avec un objectif de recrutement de 20 000 participants.
Ce chiffre a été communiqué par le docteur Yousuf Kaboré, investigateur du site Bravo à Bunia, qui précise que l'étude s'intéresse en priorité aux personnes dites de première ligne. Il s'agit notamment des professionnels dont les fonctions les exposent directement aux risques liés à la prise en charge des malades et aux interventions menées pour contenir la propagation du virus.
Dans une interview accordée à l'équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) à Bunia, le docteur Yousuf Kaboré a expliqué que la population ciblée comprend le personnel médical ainsi que les personnes engagées dans les opérations de riposte. Il a notamment cité les équipes chargées de rechercher les contacts des personnes infectées dans les villages, les hygiénistes, les ambulanciers et les intervenants qui procèdent aux enterrements des personnes décédées d'Ebola.
Le fonctionnement de l'étude repose sur la comparaison de deux groupes : l'un composé de personnes vaccinées et l'autre de personnes non vaccinées. Selon l'investigateur, les participants seront suivis pendant six mois, avec une collecte mensuelle des informations relatives à leur état de santé. Les équipes chercheront notamment à savoir si certains ont été hospitalisés ou ont connu d'autres événements sanitaires au cours de cette période. Les données recueillies permettront ensuite de comparer les deux groupes afin d'évaluer l'efficacité du vaccin.
Le docteur Kaboré souligne également que la participation à l'étude ne signifie pas nécessairement que chaque personne recrutée recevra le vaccin. Certains participants intégreront le groupe des personnes non vaccinées, dont les données serviront de référence pour la comparaison. Cette méthode doit permettre aux chercheurs d'examiner les différences observées entre les deux groupes au terme des six mois de suivi, sans présumer des résultats avant l'analyse des données.
Autre précision apportée par le responsable du site Bravo : les femmes enceintes qui sont des personnes de première ligne peuvent également participer à l'étude et recevoir le vaccin. Il cite notamment le cas d'une professionnelle enceinte travaillant dans un centre de traitement d'Ebola et souhaitant prendre part à la recherche. Toutefois, leur suivi médical est prévu jusqu'à l'accouchement, contrairement aux autres participants, suivis pendant six mois. Cette surveillance prolongée constitue une disposition particulière prévue pour les femmes enceintes participant à l'étude.
Concernant les doses disponibles, le docteur Kaboré a évoqué un total de 70 000 doses, dont 20 000 destinées spécifiquement à l'étude Bravo. Il a également mentionné une autre étude portant sur la nouvelle souche, à laquelle seraient affectées 30 000 doses. Ces précisions ont été données pour distinguer les doses consacrées aux différentes recherches et celles prévues pour d'autres utilisations. La répartition exacte de l'ensemble des doses devra toutefois être clarifiée, les chiffres avancés dans l'interview ne détaillant pas complètement l'affectation des doses restantes.
Pour les responsables de cette recherche, l'enjeu est de recueillir des données suffisamment solides sur une période de six mois afin de comparer les résultats sanitaires des personnes vaccinées à ceux des personnes non vaccinées. L'efficacité du vaccin Ervebo contre la souche Bundibugyo devra être établie à partir de l'analyse des données collectées, et non du seul nombre de personnes ayant déjà reçu une dose.