Par Denise Kyalwahi
Comment peut-on prétendre protéger durablement le deuxième poumon vert de la planète sans donner les moyens à ceux qui y vivent et le préservent au quotidien ? C'est le défi central que s'apprête à lancer la République démocratique du Congo (RDC) lors de la prochaine COP17 sur la biodiversité, qui se tiendra du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie.
Sous l'impulsion de l'Alliance nationale d'appui et promotion des Aires et territoires du Patrimoine autochtone et communautaire (ANAPAC-RDC) et du ministère de l'Environnement, une feuille de route nationale claire et ambitieuse a été tracée. Son objectif est d'une simplicité désarmante mais d'une importance capitale : placer enfin les peuples autochtones et les communautés locales au cœur des financements mondiaux pour la biodiversité.
Le constat actuel est sans appel. Aujourd'hui, l'argent de la conservation se perd trop souvent dans les dédales administratifs. Entre les critères d'éligibilité étouffants et une centralisation excessive des fonds à Kinshasa, les populations locales ne voient presque jamais la couleur de ces ressources.
Pour y remédier, la RDC plaide fermement pour un accès direct, simplifié et décentralisé aux mécanismes internationaux, à l'image du Fonds Cali. Plus encore, la feuille de route propose la création d'un Fonds national pour la biodiversité doté d'un guichet spécialement réservé aux initiatives communautaires.
La protection de la nature ne peut pas se faire au détriment de l'humain. Pour que la RDC contribue efficacement à l'objectif mondial de protéger 30 % des terres d'ici 2030, la sécurisation foncière est un prérequis non négociable. Cartographie participative, délimitation claire et enregistrement officiel des territoires autochtones (APAC) sont massivement réclamés pour protéger les communautés contre les spoliations.
Les forêts congolaises regorgent de ressources génétiques dont la richesse numérique suscite bien des convoitises. La feuille de route tire la sonnette d'alarme : pas question de piller les savoirs traditionnels sans un consentement libre, informé et un partage équitable des bénéfices. Des registres communautaires à accès restreint devront être mis en place pour verrouiller ces acquis.
Pour l'ANAPAC-RDC et ses partenaires, le succès de la délégation congolaise à Erevan ne se mesurera pas au nombre de discours prononcés, mais à l'impact visible sur le terrain. Les véritables partenaires du patrimoine naturel congolais attendent désormais des actes, des droits et des financements.