Par Gloire Balolage
Dans les relations entre les États africains et Washington, les canaux diplomatiques traditionnels semblent désormais concurrencés par une autre voie : le lobbying. Sous le second mandat de Donald Trump, plusieurs gouvernements africains cherchent à renforcer leur accès à l’administration américaine en faisant appel à des groupes de pression installés aux États-Unis et disposant de connexions dans les milieux républicains.
Une stratégie qui traduit, selon les éléments rapportés, la volonté de certains pays de mieux défendre leurs intérêts face aux changements rapides de la politique étrangère américaine.
La République démocratique du Congo figure parmi les pays africains qui ont recours à cette approche. Kinshasa a conservé les services de plusieurs groupes de lobbying américains afin de faire passer ses messages auprès des responsables de Washington. Cette démarche intervient dans un contexte où les pays africains, considérés comme moins prioritaires dans l’agenda diplomatique américain, cherchent de nouveaux moyens pour maintenir leur visibilité auprès de l’administration Trump.
Selon le Financial Times, la RDC fait notamment appel à Ballard, une société basée en Floride et fondée par Brian Ballard, présenté comme un collecteur de fonds de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2024. Le recours à ce type de structure illustre l’importance accordée par Kinshasa aux réseaux d’influence américains dans sa volonté de consolider ses relations avec la nouvelle administration.
Le cas congolais s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent. Le Nigeria, la Tanzanie, le Zimbabwe ainsi que le Somaliland ont également eu recours à des groupes de pression pour faire entendre leurs positions auprès des décideurs américains. Pour plusieurs gouvernements africains, cette stratégie répond à l’engorgement des voies diplomatiques habituelles et à la nécessité de trouver des interlocuteurs capables de faciliter l’accès aux cercles de pouvoir américains.
L’exemple nigérian apparaît particulièrement révélateur de cette nouvelle approche. Face à la dégradation de son image auprès de Donald Trump, Abuja a conclu avec le groupe DCI un contrat de lobbying de 9 millions de dollars par an, l’un des plus importants de ce type dans l’histoire africaine. Le dispositif visait notamment à améliorer la perception du Nigeria auprès de l’administration américaine, alors que le président américain l’avait auparavant accusé de commettre de graves exactions contre les chrétiens.
Pour la RDC, cette évolution prend une dimension particulière compte tenu du rapprochement constaté avec l’administration Trump. Le Financial Times rapporte que Kinshasa a considérablement amélioré ses relations avec Washington, tandis que l’administration américaine a imposé en mai des sanctions au Rwanda, pays rival de la RDC, et recherché activement des accords miniers dans ce pays d’Afrique centrale. Le recours aux groupes de lobbying apparaît ainsi comme l’un des instruments utilisés par Kinshasa pour défendre ses intérêts et maintenir un accès aux cercles de décision américains.
Cette pratique ne fait toutefois pas l’unanimité. Witney Schneidman, ancienne secrétaire d’État adjointe américaine pour l’Afrique, estime que les gouvernements africains dépendent trop des lobbyistes et gagneraient davantage à renforcer leurs propres services diplomatiques.
À l’inverse, Aubrey Hruby, cofondatrice de l’Africa Expert Network, considère que le lobbying, lorsqu’il est correctement encadré, peut constituer un moyen utile pour les gouvernements étrangers de négocier avec Washington et permettre aux responsables américains de mieux comprendre des dossiers complexes, notamment sécuritaires. La RDC, comme d’autres pays africains, se trouve donc face à un choix stratégique entre le renforcement de ses capacités diplomatiques propres et l’utilisation de réseaux d’influence pour défendre directement ses intérêts auprès de l’administration américaine.