Par Gloire Balolage
La succession à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est devenue un nouveau terrain de confrontation diplomatique entre Kinshasa et Kigali. À dix jours de l'élection du prochain secrétaire général, prévue à Phnom Penh, au Cambodge, la République démocratique du Congo se retrouve au cœur d'une bataille qui dépasse désormais la seule ambition de placer sa candidate à la tête de l'institution.
Selon des informations rapportées par Jeune Afrique ce vendredi 6 novembre 2026, les autorités congolaises envisageraient même un retrait de la RDC de l'organisation si la Rwandaise Louise Mushikiwabo obtenait un troisième mandat.
Pour comprendre cette fermeté de Kinshasa, il faut remonter au début de l'année 2026, lorsque le gouvernement congolais a décidé de se positionner dans la course au secrétariat général de l'OIF. Après avoir annoncé son intention de présenter une candidature, la RDC a officiellement dévoilé, le 26 février, le nom de Juliana Amato Lumumba, fille de Patrice Emery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant.
Ancienne ministre de la Culture et des Arts entre 1998 et 2001, elle a également occupé les fonctions de secrétaire générale de l'Union des chambres africaines de commerce et d'industrie. Kinshasa entend ainsi faire valoir son poids démographique et culturel dans l'espace francophone pour accéder à une responsabilité stratégique au sein de l'organisation.
L'offensive congolaise a ensuite pris une dimension institutionnelle et diplomatique avec l'implication directe du président Félix Tshisekedi. Le 19 mars 2026, à la Cité de l'Union africaine, à Kinshasa, le chef de l'État a officiellement présenté Juliana Amato Lumumba aux ambassadeurs francophones accrédités en RDC.
Le lendemain, il l'a reçue pour échanger sur la feuille de route de sa campagne internationale. Celle-ci repose sur le projet intitulé « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve », avec l'ambition de promouvoir une Francophonie des peuples, de renforcer la diversité linguistique et culturelle et de favoriser l'accès au savoir numérique. Le gouvernement congolais a alors annoncé son engagement à mobiliser ses moyens diplomatiques et politiques pour accompagner cette candidature.
Dès lors, Kinshasa a multiplié les démarches auprès des capitales étrangères afin de rallier le maximum de soutiens. Le ministre délégué chargé de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, Crispin Mbadu Phanzu, a notamment été chargé de porter le message présidentiel auprès de plusieurs partenaires. En mars, les autorités ont sollicité l'appui des ambassadeurs francophones présents à Kinshasa.
En avril, des démarches ont été entreprises au Luxembourg et en Suisse, notamment auprès des responsables diplomatiques de ces deux pays. La mobilisation s'est également poursuivie en mai à Andorre-la-Vieille. Cette campagne a notamment concerné Brazzaville, Dakar, Praia, Nouakchott, Lomé, Bruxelles, Luxembourg, Berne, Ottawa, N'Djamena, Bangui, Malabo, São Tomé et Le Caire. Une tournée qui illustre l'importance accordée par Kinshasa à la recherche de soutiens au sein de l'espace francophone.
Cette mobilisation s'est poursuivie jusqu'à une étape institutionnelle importante, le 30 juin 2026, à Paris. Pour la première fois depuis la création du poste de secrétaire général en 1997, les candidats ont été soumis à une audition formelle devant les ministres des Affaires étrangères des États membres de plein droit. Quatre personnalités étaient en lice pour le mandat 2027-2030 : Juliana Amato Lumumba pour la RDC, Louise Mushikiwabo pour le Rwanda, la Mauritanienne Coumba Bâ et l'ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș.
Cette procédure, rendue possible par la réforme institutionnelle adoptée en mars 2022, vise à rendre le processus de désignation plus transparent et mieux structuré. Chaque candidat a disposé de 45 minutes pour présenter sa vision et répondre aux questions des délégations.
Cependant, malgré les efforts diplomatiques déployés par Kinshasa, la candidature congolaise ne semble pas avoir obtenu tous les soutiens espérés. D'après les sources diplomatiques citées par Jeune Afrique, plusieurs États membres exprimeraient des réserves sur la capacité de Juliana Amato Lumumba à diriger l'organisation.
Une situation qui complique davantage les ambitions congolaises, alors que Louise Mushikiwabo, secrétaire générale sortante depuis 2019 et candidate à un troisième mandat, cherche à conserver son poste. La compétition oppose ainsi deux candidatures portées par des pays dont les relations sont profondément détériorées par la crise sécuritaire persistante dans l'est de la RDC.
C'est dans ce contexte que la perspective d'un retrait de la RDC de l'OIF prend une dimension particulièrement sensible. Selon Jeune Afrique, Kinshasa aurait brandi cette possibilité dans l'hypothèse d'une nouvelle reconduction de Louise Mushikiwabo. Si elle était officiellement confirmée et mise à exécution, une telle décision marquerait une rupture importante entre la RDC et une organisation dont le pays constitue l'un des principaux piliers démographiques et linguistiques.
Pour autant, à ce stade, cette menace doit être considérée comme une information rapportée par la presse et non comme une décision officielle de retrait annoncée par les autorités congolaises. L'enjeu est désormais de savoir si Kinshasa privilégiera la poursuite de son engagement au sein de l'organisation ou une rupture politique en cas d'échec de sa candidate.
Le verdict est attendu le 16 novembre 2026, lors du huis clos électif du 20e Sommet de la Francophonie, organisé les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, au Cambodge. Les chefs d'État et de gouvernement des 53 membres de plein droit de l'OIF devront désigner le prochain secrétaire général pour la période 2027-2030.
Pour la RDC, cette échéance représente l'aboutissement de plusieurs mois de mobilisation politique et diplomatique. Entre la volonté de faire accéder Juliana Amato Lumumba à la tête de l'institution, le refus d'une nouvelle reconduction de Louise Mushikiwabo et la menace d'un éventuel retrait, Kinshasa joue une partie diplomatique dont les conséquences pourraient dépasser largement les frontières de la Francophonie.