Économie : Le pétrole, source du chantage ignominieux sur la Rd-Congo !

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[ photo d'illustration]
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Par Hugo Robert Mabiala/ Coresp. Ext.

Ça y est. C’est parti pour un tour. Le monde a encore décidé de s’acharner sur la République démocratique du Congo. Mais cette fois-ci, ou pour l’instant, ce n’est pas à propos des élections. Non.  

La cause: les 27 blocs pétroliers et 3 blocs gaziers dissouts dans le lac Kivu. En effet, La RDC, cette naine de la production pétrolière mondiale se veut devenir une géante, voire un titan. Et il en a réellement les potentiels. 

Tiens. Les 27 blocs pétroliers et 3 gaziers mis au enchères sont évalués à environ 22 milliards de barils de pétrole brut et à 66 milliards de Normo mètres cubes -Nm3- de gaz méthane.  

Ils pourraient générer, à en croire les estimations, près d’USD 2 mille milliards de revenus pour le pays.

Cette alléchante manne pétrolière pourrait, dans l’idéal, booster l’économie du pays, l’affranchissant du tout minier, et permettre de changer positivement la vie des Congolais en créant des milliers d’emplois et d’autres opportunités.
 
Il est temps...

«Il est temps», comme l’a dit le Président congolais Félix Tshisekedi. En vrai, il est pas très tôt pour la RDC d’exploiter son pétrole. Tout le contraire d’ailleurs!

Mais il y a un hic. Que la RDC soit le poumon du monde n’est en fait pas une si bonne chose. En tout pas pour ses ambitions présentes. 

Le tiers des blocs pétroliers, soit 9 d’entre eux, se trouvent dans la cuvette centrale, en pleine forêt tropicale. 

Autre mauvaise nouvelle, pour les ambitions de la RDC, la plus importante tourbière. Celle-ci emprisonne, selon les experts, près de 30 milliards de tonnes de dioxyde de carbone. 

Y exploiter le pétrole donnerait un coup de massue à la lutte contre le réchauffement climatique. Et pis encore, à la Cop 26 de Glasgow, il y a moins d’un an, Félix Tshisekedi avait signé un accord avec le premier ministre britannique, Boris Johnson, garantissant qu’il protégerait la forêt tropicale pendant les dix prochaines années. Ce, pour une contre partie d'USD 500 millions, soit 50 millions l'an à se répartir avec le Congo-Brazzaville, le Gabon… Dérisoire. Et la promesse ne s’est pas faite argent.  

Et voilà que d’autres leviers de pression montent au créneau pour calmer les ardeurs de Kinshasa. A la tête d’un groupe d’ONG militant pour la protection de l’environnement, Greenpeace présente au gouvernement congolais une pétition signée par plus de 100 personnes opposées à l’ouverture des enchères sur les blocs pétroliers. 

Toute raison gardée, on ne saurait s'expliquer pourquoi ses quelques signatures des quidams (avec respect) devraient prévaloir sur l’intérêt de près de 100 millions des Congolais, souverains propriétaires de leur sol et sous-sol, et qui n’attendent que de jouir de leurs propres richesses. 
«Des ONG ne peuvent pas dicter à un pays souverain la marche à suivre», avait cogné le ministre des Hydrocarbures, Didier Budimbu lors qu’une sortie médiatisée. Et il n’a pas tort de le souligner. 

Compenser à sa juste valeur le manque à gagner

Avoir raison ne suffit pas. Les accords signés tiennent Kinshasa par le coup. Et les forces en présence ont une capacités inouïe de nuisance. Cependant, le rapport des forces peut conduire à revoir certaines positions. Bien présenté, le sort de 100 millions d’âmes est un bel argument. Le colossal rôle de la RDC, pays non pollueur, dans la lutte contre le changement climatique l’est tout autant. 

Et donc, au pays pollueurs d’allonger la monnaie. C’est vulgairement dit, oui. Mais c’est aussi cela. Le Congolais ne vivront pas du dioxyde de carbone, ni de son réceptacle (la tourbière). 

Si les Congolais doivent se priver de certains de leurs blocs pétroliers, quelqu’un devra payer pour ça. 
Abandonner ne semble pas être une option. C’est ce qu’on peut lire entre les lignes des discours des autorités de Kinshasa.  

Félix Tshiseked a rassuré «les partenaires internationaux sur la détermination de mon gouvernement à mener les travaux d’exploitation et d’exploration en utilisant des outils qui protègent l’environnement, les écosystèmes et l’équilibre écologique». 

Traduction: nous allons exploiter mais nous promettons de minimiser les impacts négatifs sur l’environnement.

L’hypocrisie internationale?

Qu’à cela ne tienne, le tollé provoqué par le lancement d’appels d’offres suscite un réellement questionnement.  Dans les rues de Kinshasa, l’on s’étonne de la réaction de ces fameuses ONG internationales. 
Comment expliquer que le Congo-Brazzaville, l’Angola et d’autres pays encore… exploitent allègrement sans qu’il y ait ce genre de révolte? 

Un deux poids deux mesures!

Le pays fait l’objet de vives critiques alors que Joe Biden peut aller demander à l’Arabie saoudite d’augmenter la production de pétrole sans que cela n’émeuve outre mesure les ONG, souligne le New York Times. 
Pareil pour la Norvège qui a annoncé son intention d’exploiter de nouveaux gisements de pétrole dans l’Arctique. 

Pour renoncer à l’exploitation du tiers de ses 27 blocs pétroliers situés dans la forêt tropicale, la RD-Congo doit absolument renégocier le contrat signé à la COP26. 

Le fait que Kinshasa accueille en septembre les travaux préparatoires de la COP27 qui se déroulera en Égypte est une belle opportunité. 

Les Congolais ne peuvent pas payer l’amère facture de la pollution faite par ceux qui contrôlent et financent les fameuses ONG internationales.

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