Par Prosper Buhuru
La mise en œuvre accélérée de la facture normalisée continue de provoquer de fortes résistances dans certains milieux économiques et administratifs. Selon plusieurs sources au ministère des Finances, les attaques visant le ministre Fwamba seraient directement liées à cette réforme, qui remet en cause des pratiques frauduleuses ancrées depuis plus d’une décennie.
Depuis 2011, des opérateurs économiques, parfois en connivence avec des agents de l’administration fiscale, profiteraient d’un système de perception de la TVA longtemps dépourvu d’outils électroniques adéquats. La généralisation de la facture normalisée, relancée en 2024 sur instruction du Président Félix Tshisekedi, constitue un tournant majeur dans la lutte contre ces fuites fiscales.
"Fwamba paie le prix d’une réforme qui dérange", confie un cadre du ministère des Finances.
"Les attaques ne font que commencer, car cette réforme touche directement ceux qui bénéficiaient d’un système opaque. L’opinion doit comprendre ce qui est en jeu : la fin d’un vaste réseau de fraude à la TVA", ajoute la même source.
Plusieurs agents avertis de la DGI rappellent que l’actuelle controverse sur les "plues values" n’est pas liée au Gouvernement Judith Suminwa. La suspension du paiement de ces primes remonte au Gouvernement Sama Lukonde, en 2023, ce qui avait bloqué notamment les plues values de 2022 et 2023. Le nouveau Gouvernement, entré en fonction bien plus tard, a hérité d’un dossier déjà compliqué.
Pour apaiser les tensions et clarifier le cadre réglementaire, le ministère des Finances et l’intersyndicale des régies financières ont conclu un accord après un mois de discussions. Celui-ci prévoit la réactivation progressive des paiements et la réinstallation de la prime de plue value, autrefois suspendue.
Un calendrier de rétrocessions a été défini : un premier versement a été effectué ce mardi 2 décembre 2025, et un second est programmé pour le 12 décembre.
Pour ses défenseurs, la facture normalisée est un outil central pour assainir les finances publiques et augmenter les recettes internes. Elle vise à instaurer un suivi électronique fiable de la TVA, considéré comme l’un des impôts les plus productifs dans de nombreux pays.
"La réforme va se poursuivre, avec ses différentes phases", assure une source interne, ajoutant que "ceux qui contestent aujourd’hui sont souvent ceux qui, depuis des années, profitaient d’un système sans contrôle."
En s’attaquant aux circuits de fraude qui ont prospéré pendant plus de dix ans, le ministère des Finances touche à des intérêts puissants. Les critiques se multiplient, mais les partisans de la réforme estiment que son aboutissement est essentiel pour renforcer la transparence fiscale et la crédibilité de l’État.