Par Patrick Kitoko
Dans un contexte encore marqué par l’insécurité liée à la présence de groupes armés, plusieurs projets de réinsertion socio-économique viennent d’être lancés dans le territoire d’Irumu, en province de l’Ituri. Portées par la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), à travers sa Section Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Stabilisation (DDRS), ces initiatives visent à offrir de nouvelles perspectives aux ex-combattants tout en renforçant la cohésion sociale et le développement communautaire.
Le vendredi 12 juin 2026, la MONUSCO, en appui au Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRCS), a procédé à la remise et au lancement de plusieurs projets dans les localités de Balingina, Sota et Tsere. Financées à hauteur de 447 000 dollars américains et mises en œuvre par les ONG ASSOCITURI, Femmes engagées pour la paix en Afrique et Peace of Mind Initiative (PMI), ces actions bénéficient à des centaines de personnes, dont de nombreux ex-combattants démobilisés.
À Balingina, ASSOCITURI et PMI ont lancé un programme de réinsertion destiné à 180 bénéficiaires, parmi lesquels 60 ex-combattants. Le projet prévoit la réhabilitation de six kilomètres de route entre Mangiva et Balingina, la création d’une coopérative agricole dotée de bureaux et d’une salle de réunion, l’exploitation de champs individuels et communautaires ainsi que des formations techniques et un accompagnement psychosocial.
Pour Josiah Obat, chef du bureau de la MONUSCO à Bunia, ces initiatives traduisent une vision claire de la stabilisation communautaire.
« Ces projets reflètent notre volonté commune de reconstruire la confiance et la cohésion sociale, tout en ouvrant des perspectives concrètes d’avenir au profit des ex-combattants démobilisés, des jeunes, des femmes vulnérables et de l’ensemble des communautés », a-t-il déclaré lors de la pose de la première pierre du futur bureau de la coopérative agricole.
Au-delà des bénéficiaires directs, plusieurs milliers d’habitants devraient profiter des retombées économiques liées à l’amélioration des infrastructures routières et au développement des activités agricoles.
Pour les populations locales, ces projets incarnent également l’espoir d’un retour durable à la paix.
« Lorsqu’il y avait des attaques, nous étions obligés de passer la nuit dans la forêt avec nos enfants. Aujourd’hui, nous espérons que ces jeunes qui ont déposé les armes pourront construire leur avenir grâce à ce projet », témoigne une habitante bénéficiaire.
Dans la localité de Sota, en chefferie des Bahema d’Irumu, la MONUSCO a remis quatre infrastructures communautaires majeures : un marché moderne, une laiterie, un forage d’eau potable et un système d’éclairage public alimenté par des lampadaires solaires. Ces réalisations devraient bénéficier à plus de 20 000 habitants tout en contribuant à l’amélioration des conditions sanitaires dans une région où la vigilance reste de mise face au risque d’épidémies, notamment Ebola.
Pour Charlotte Ganiseka, présidente des associations féminines de Sota, le nouveau marché répond à une attente de longue date.
« Avant, nous vendions nos produits à même le sol, exposées au soleil et à la pluie. Aujourd’hui, ce marché va nous permettre de travailler dans de meilleures conditions et d’améliorer les revenus de nos familles », explique-t-elle.
Le forage d’eau réduit les longues distances parcourues quotidiennement par les femmes et les enfants, tandis que l’éclairage public renforce la sécurité des habitants pendant la nuit.
Le président du Conseil territorial de la jeunesse d’Irumu salue également ces avancées.
« Les femmes ont désormais accès à l’eau à proximité de leurs habitations et le nouveau marché favorisera les activités économiques locales », souligne-t-il.
La dernière étape de la mission a conduit les délégations à Tsere, où la MONUSCO a remis un bureau de coopérative agropastorale, un forage d’eau ainsi qu’un cheptel de 25 vaches. Cette première phase avait déjà permis la réhabilitation de 5,5 kilomètres de route selon l’approche Très haute intensité de main-d’œuvre (THIMO), offrant un emploi temporaire à 48 bénéficiaires, dont 16 ex-combattants.
À cette occasion, un nouveau projet baptisé « Tsere 2 » a également été lancé au profit de 63 bénéficiaires, parmi lesquels 21 ex-combattants.
Mis en œuvre par FEPA et PMI, il prévoit notamment la construction d’une étable, l’acquisition d’une trentaine de vaches supplémentaires, la réhabilitation de cinq kilomètres de route, la construction d’une clôture autour de la coopérative et un accompagnement psychosocial.
Ancien membre d’un groupe armé, aujourd’hui intégré dans la coopérative locale, un bénéficiaire témoigne de l’impact concret de ces programmes sur sa vie.
« Lorsque j’ai quitté le groupe armé, j’ai été orienté vers le PDDRCS, puis vers la MONUSCO qui nous a accompagnés dans notre réinsertion. Les revenus que nous avons perçus nous ont permis de subvenir aux besoins de nos familles. Grâce à ce projet, nous retrouvons notre place dans la communauté et laissons la guerre derrière nous », raconte-t-il.
Pour Claude Kasuna, chef d’antenne du PDDRCS à Irumu, l’intégration des ex-combattants dans des projets économiques communs constitue un facteur essentiel de stabilisation.
« Lorsqu’ils quittent les groupes armés, les démobilisés ont souvent tout perdu. En les associant aux communautés dans des projets communs, nous favorisons leur réintégration et renforçons la cohésion sociale », affirme-t-il.
L’administrateur du territoire d’Irumu, le colonel N’siro Simba, estime pour sa part que ces investissements démontrent aux jeunes que la paix peut générer des résultats tangibles. À travers ces différentes initiatives, la MONUSCO et ses partenaires réaffirment que la consolidation de la paix ne se limite pas au désarmement. Elle passe également par la création d’opportunités économiques, le développement d’infrastructures essentielles et le renforcement du vivre-ensemble au sein des communautés affectées par les conflits.